ACTE II, SCÈNE VII. ï
MADAME DE BRIENNE, étonnée.
Led
Monsieur de Nangis!
MADAME DORBEVAL, à put.
O ciel!
DORBEVAL, bas.
Tu vas me compromettre.
POLIGNI, de même.
Eh ! non, morbleu! ne crains rien. (Haut) Oui, madame, des personnes dignes de foi, et qu’il est inutile de vous nommer, m'ont assuré que vous, madame, qui, depuis trois ans, prétendiez avoir dédaigné tous les vœux, tous les hommages, vous n’aviez pas été insensible à ceux de monsieur de Nangis, que vous lui aviez même permis de vous écrire.
MADAME BORBEVAL, vivement.
Lui! jamais! Qui a pu vous abuser ainsi?
MADAME DE BRIENNE, la retenant.
Y penses-tu?
DORBEVAL.
C’est étonnant comme les femmes se soutiennent
entre elles! c’est même effrayant!
POLIGNI.
Je ne prétends point récuser le témoignage de madame ; mais il est des gens qui, aujourd’hui même, assurent avoir vu entre vos mains...
DORBEVAL, voulant l'arrêter.
Poligai!
POLIGNI, hors de lui.
Et pourquoi feindre plus long-temps? Eh bien! oui, je sais tout, il m’a tout appris. Il faut que mon
sort se décide, et il va dépendre d’un mot. Cette lettre à qui était-elle adressée ?
MADAME DORBEVAL, prête à se trahir.
À qui?
MADAME DE BRIENNE, l’arrétant , et s'adressant à Poligni. À moi, monsieur.
POLIGNI.
Vous l’avouez enfin!
MADAME DE BRIENNE
Et quand monsieur de Nangis m'aurait écrit, quand il m’aimerait, est-ce à dire pour cela que je partage ses sentimens, que je suis obligée d'y répondre? Y a-t-1l rien qui puisse justifier cet éclat, ces emportemens auxquels j'étais loin de m’attendre, et dont je rougis pour vous?
J'ai tort, j'en conviens ; mais il est un moyen bien simple de détruire mes soupçons, et de me réduire au silence. Ne puis-je voir cette lettre?
MADAME DORBEVAL, à part.
Grand Dieu!
DORBEVAL.
Oui, sans doute, voilà qui concilie tout; car puisque malgré moi on m'a mis en jeu dans cette affaire, je ne suis pas fâché d’en être le médiateur.(A madame de Brienne.) Voyons, vous pouvez bien nous confier cet écrit, à moi du moins?
MADAME DE BRIENNE
Ni à lui, ni à vous. Il n'existe plus; je l'ai déchiré.