‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 102 sur 305 · ACTE IV, SCÈNE II 1 't · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II 1 't

s'agit de Tintérôt de mes amis.,, Vous êtes l'amant de Luce... Votre femme est au courant, et il y a quinze jours aujourd'hui que vous n'êtes pas rentré chez vous... Ça vous suffit?

BOURDOLLE.

Parfaitement. Je ne vous demande pas comment vous le savez... V^ous le savez parce que vous le savez et parce que tout le monde le saura demain. A Paris, il faut se résigner à aimer en public... Remarquez que ce ne serait pas vrai, on (lirait exactement les mêmes choses. Seulement, c'est vrai... Alors, il y a tout de suite une ditîérence énorme. Oui, chère comtesse, je suis l'amant de Luce Brévin, et je mène depuis quinze jours une existence excessivement cocasse.

LA COMTESSE

Ah!

BOURDOLLE.

D'abord, je ne demeure plus nulle part. Car vous pensez bien que je ne suis pas allé habiter chez Luce...

LA COMTpSSE.

Ça, c'est bien 1

BOURDOLLE.

C'est très bien. Je demeure donc à l'hôtel. Seulement, comme j'ai une physionomie assez connue, dès que je suis dans un hùtel depuis deux jours, je sens qu'on me dévisage. Alors, je change d'hôtel; et comme je n'ai pas emmené mon valet de chambre, je suis obligé de faire ma malle moi-même ! Le lendemain de cette équipée, je n'avais ni habit ni redingote et je dînais en ville le soir... J'ai envoyé Guillonet chez moi chercher un habit... Je dois rendre cette justice à ma femme, elle lui a fait remettre un petit paquet

d'effets... avec du linge, des cravates, des bottines... tout ce qu'il faut, enlin, pour voyager dans Paris 1

LA COMTESSE

Madame BourdoUe est admirable dans cette circonstance, vous entendez, admirable ! Et vous avez de la chance d'avoir épousé une femme fière et pondérée qui conserve votre situation intacte, sans scandale, sans coup de tête, en attendant que vous rentriez chez vous, contrit et repentant...

BOURDOLLE.

Moi!

LA COMTESSE

Oui, vous ! Naturellement, ce n'est pas madame Bourdolle qui fera les premiers pas.

BOURDOLLE.

Comme je ne les ferai pas non plus, ça peut durer indéliniment. Et ne nous faisons pas d'illusions, ma chère amie, ça ne peut finir que par un divorce.

LA COMTESSE

Un divorce ! Vous êtes fou !

BOURDOLLE.

J'aime Luce. Je ne la quitterai jamais !

LA COMTESSE

C'est magnifique d'entendre un homme dire ces choses-là... Répétez un peu... Vous aimez Luce? Et vous ne la quitterez jamais ?

BOURDOLLE.

Evidemment, j'aurais préféré rester dans la situation où nous étions il y a quinze jours, qui était le rêve... qui ne comportait aucun drame et qui n'offensait que la morale, laquelle n'en est

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