ACTE II, SCÈNE XI
tu es rentrée à la maison à sept heures moins le quart.
GERMAINE
Et aujourd'hui?
BHAXCOUR.
Aujourd'hui, c'est tout aussi palpitant... Tu as envoyé également un ou deux petits bleus et tu es rentrée t'habiller à six heures pour aller dîner chez Fernande.
GERMAINE
Oui...
BRANCOUR.
Et, en allant chez Fernande...?
GERMAINE, émue.
Qu'est-ce que j'ai fait en allant chez Fernande?
BRANCOUR.
Tu es allée dans ce quartier-ci, boulevard Malesherbes, chez la mère Jacob, antiquaire, et tu as acheté des plats d'étain que tu as fait porter par un commissionnaire chez Tencier.
GERMAINE
C'est merveilleux!
BRANCOUR.
Oh! je ne suis pas fier?
GERMAINE
Il n'y a pas de quoi, en effet! Car, sans être coupable, j'aurais pu être victime d'une coïncidence. J'aurais pu rencontrer Le Hercheur, par hasard, dans la rue! Je dis Le Hercheur, puisque c'est de lui que tu as la naïveté d'être jaloux! J'aurais pu causer quelques instants avec lui, et, alors, tu aurais cru à un rendez-vous. Jamais je n'aurais pu te démontrer mon innocence! Et j'étais perdue! Voilà ce que tu as risqué!
Je Tavoue, j'ai mal agi! J'ai manqué de sincérité vis-à-vis de toi! Il y a longtemps que nous aurions dû avoir une explication. J'ai été arrêté par une vanité imbécile ! Je n'osais pas me montrer tel que j'étais et j'ai peur, maintenant, de l'avoir blessée!
GERMAINE
Non, mon chéri. Moi aussi, peut-être, j'ai eu des torts. Ta peine — car tu avais de la peine, ça se voyait — j'aurais dû la deviner. Et, au lieu de te délier, j'aurais dû te rassurer.
BRANCOUR.
Voilà ! voilà !
GERMAINE
Tiens! tu ne sais pas ce que nous devrions faire, pour effacer ce vilain souvenir, pour nous reprendre? Nous devrions partir tous les deux, seuls, nous séparer de ce monde de potins, de malveillance, qui nous a aigris l'un contre l'autre et qui a failli nous désunir.
BRANCOUR.
Ah! comme tu as raison, ma chérie, comme tu as du bon sens! Voilà le remède! Tiens! je respire... C'est la première fois, depuis des semaines, que je ne suis pas mécontent de moi! J'aperçois aujourd'hui toute l'erreur de ma vie... Je n'ai pas su créer, entre nous, l'intimité qui est la meilleure condition du bonheur; j'ai trop envisagé le travail comme le but unique de l'existence. Je n'ai pas su te distraire. Quand je pense que nous n'avons pas encore eu le temps de faire notre voyage de noce ! Et que nous n'avons pas vu ensemble ni Venise, ni Florence, ni les lacs d'Italie ! Veux-tu que nous partions demain soir?