ACTE III, SCÈNE V
pensez-vous qu'il ne m'eût pas provoqué? Et moi, si je n'étais pas prêt à en accepter toutes les conséquences, est-ce que j'aurais supporté que votre mari me parlât sur ce ton ! Car il ma dit : « Je vous tuerais comme un lapin! »
Il vous a dit ça? J'aurais voulu l'entendre!
HECTOR
11 m'a dit ça! Et je n'ai rien répliqué. J'ai accepté cette fanfaronnade, parce que, tout de suite, j'avais aperçu mon devoir... Madame, je ne suis pas un homme qui fuit les responsabilités, je suis un homme qui les recherche... Je comprends ce qui se passe en vous... Vous avez des scrupules... Vous hésitez à me dire : « Je suis libre, voulez-vous de moi? »
GERMAINE
Voilà une chose à laquelle je ne pense pas...
HECTOR
J'y pense pour vous... et je bondis de joie... et je suis prêt à renverser tous les obstacles qui se dressent devant notre amour,
GERMAINE
Oh ! je sais que, pour renverser les obstacles, vous n'avez pas votre pareil!...
HECTOR
C'est vrai! Germaine, vous serez ma femme !
GERMAINE
Moi ! Votre femme !
HECTOR
Oh! vous êtes étonnée, je m'y attendais... et vous doutez de moi? Evidemment, ce n'est pas
l'habitude. Quand on a compromis une femme, on n'a plus qu'une idée, c'est de s'en débarrasser... Et, jusqu'à présent, je m'étais moi-même conformé à cet usage... Mais je vous ai rencontrée, Germaine, et j'ai enfin compris ce que c'était qu'une honnête femme... C'est une femme qui ne se donne qu'à son mari... et si on veut qu'elle se donne à vous, il faut l'épouser. Je suis prêt!
GERMAINE
Le Hercheur, ce que vous faites là est bien. Ça n'a pas le sens commun, c'est irréalisable, je ne serai votre femme sous aucun prétexte, mais c'est bien.
HECTOR
N'est-ce pas?
GERMAINE
Ce sont de ces choses qu'on a beau trouver ridicules, elles vous flattent tout de même. Vous auriez été un amant déplorable, comme mari vous êtes en dehors de toute vraisemblance, mais comme ami, vraiment, vous pouvez rendre de grands services.
HECTOR
Et voilà comment vous traitez un homme qui ne demande qu'à se faire tuer pour vous ! iMais n'importe, madame, je ne suis pas de ceux qui se découragent. Un amour comme le mien triomphera. Un jour, plus prochain que vous ne croyez, vous aurez besoin de mon bras et de mon épée.
GERMAINE
Non, Le Hercheur, vous pouvez garder tout ça, le bras et l'épée... Et puisque vous ne voulez pas vous rendre à l'évidence, je vais vous mettre les points sur les i. J'ignore si je me réconcilie-