ACTE I, SCÈNE IV
uue fois pour toutes... D'ailleurs, ce n'est pas nécessaire, je les connais! Quand je pense que vous ne vous consolez pas encore de ce mariage! l"]t ce qu'il m'a fallu employer pour vous décider à épouser mon fils, c'est fantastique! Un garçon (jue toutes les jeunes filles de Villensel se disputaient...
HÉLÈNE
Elles se le disputent même encore...
MADAME ARDOUIN
Et VOUS en riez! Vous n'êtes pas jalouse... Voilà ce qui me dépasse... Vous ne trouvez peutêtre pas Pierre assez beau pour vous... ! Qu'est-ce qu'il vous faut!
HÉLÈNE
Vous VOUS aigrissez bien inutilement, ma mère. Ce qui est fait est fait. Si c'est un mal, vivons avec. Ça durera ce que ça durera.
MADAME ARDOUIN
Ça durera toujours, c'est moi qui vous l'affirme.
HÉLÈNE
C'est fort possible. En tout cas, Pierre est très heureux. N'est-ce pas l'essentiel pour vous et pour lui? Vous n'avez qu'à le regarder. Il est gai, rien ne le trouble, il s'amuse de toutes les façons, il voyage... Vous venez même de voir avec quelle facilité il se déplace... Je ne connais pas d'homme plus satisfait que lui de son sort.
MADAME ARDOUIN
Et tout cela vous est parfaitement indifférent?
HÉLÈNE
Cela me préoccupe moins en effet que l'éducation de ma fille et que mes devoirs de mère.
MADAME ARDOUIN
Oh! je n'ai pas d'observations à vous faire de ce côté-là.
HÉLÈNE
Je vous en sais gré.
MADAME ARDOUIN
Mais cela ne suffit pas. L'avenir de votre mari et de votre ménage devrait être aussi une de vos préoccupations. Autre chose, maintenant, et de plus direct... Vous êtes riches tous les deux. Mais vous le seriez davantage et plus solidement si Pierre ne restait pas dans l'oisiveté. Vous avez dépensé l'année dernière dix mille francs de plus que vos revenus.
HÉLÈNE
Ce n'est pas moi qui les ai dépensés, je vous assure.
Que m'importe! Je ne vois que le résultat. Il est inquiétant. Je destinais Pierre au notariat. Pourquoi ne l'y poussez-vous pas?
HÉLÈNE
Il a l'intention, je crois, d'acheter une étude à la première occasion.
MADAME ARDOUIN
Il s'en présente une en ce moment-ci. Voilà pourquoi je désirais causer avec lui. Soyez assurée d'une chose, c'est que je ne laisserai pas la situation s'aggraver. Notre nom et notre famille sont parmi les plus anciens du pays : aucune tache, aucun scandale ne les a jamais atteints. Et coûte que coûte, je saurai les préserver de la déchéance. C'est mon orgueil. Je m'étonne que vous ne le partagiez pas.