MADEMOISELLE MES8ANY
Hé! j'y étais depuis vingt-cinq ans... Je m'y plaisais. Mais je finirai parm'habituer ici, quoique ce soit un peu grand... Où servira-t-on le thé?
HÉLÈNE
Dans ce salon, naturellement. Je vous donne du mal, hein?
MADEMOISELLE MESSANY.
Tant mieux, ma chérie, tant mieux... Je n'avais jamais entendu rire autour de moi, ça me change. iVh! si on m'avait dit l'année dernière que j'avais encore une famille...
HÉA.ÈNE,
Et qu'elle allait vous envahir!...
Moi qui comptais fmir ma vie dans la plus grande tristesse...
HÉLÈNE
Décidément, on n'est sûr de rien... ( Aiiani h elle.) Ma cousine, ma chère cousine, laissez-moi vous répéter pour la centième fois depuis un an que vous m'avez sauvé la vie...
MADEMOISELLE MESSANY.
Non, par exemple !
HÉLÈNE
Que sans vous, je me serais trouvée seule et que j'aurais lini par perdre la tète...
MADEMOISELLE MESSANY.
Tais-toi! tu n'es qu'une enfant!
HÉLÈNE
Que vous m'avez re<jue, accueillie comme...
MADEMOISELLE MESSANY.
En voilà assez!
HÉLÈNE
Que vous soignez ma fille comme si elle était la vôtre, et que vous m'avez laissé bouleverser toutes vos habitudes avec une bonté qui me fait venir les larmes aux yeux quand j'y pense...
MADEMOISELLE MESSANY.
Je voudrais voir ça!
Je m'arrête parce que je me suis juré de ne plus pleurer maintenant qu'à la dernière extrémité et quand je ne pourrais plus faire autrement.
MADEMOISELLE MESSANY.
A la bonne heure... Va, ma chérie, on connaît ton histoire, tout le monde est pour toi, et tu finiras par oublier toutes les abominations qui te sont arrivées.
HÉLÈNE
Je les ai oubliées déjà... Je vous assure... J'ai oublié mon mari, j'ai oublié ma belle-mère... Je ne me rappelle même plus que j'ai été mariée, et il me semble que mon enfant n'est que de moi... et que je l'ai créée toute seule par un effort extraordinaire de volonté.
MADEMOISELLE MESSANY.
Et tu finiras par être heureuse?
HÉLÈNE
Oui. Il y a des malheurs qui vous abattent, mais il y en a d'autres qui vous ressuscitent.
MADEMOISELLE MESSANY.
Ah! maintenant, je te laisse, je vais préparer
Aciiî II, scÈM-; I '.V.ïi
les gâteaux. Nous n'attendons personne d'ici à une lieure?
iii'LÈxt:.
Que monsieur Sébastien Real qui m'a promis d'arriver un peu avant, parce que nous avons à causer.
MADEMOISELLE MESSANY.
Il daigne enfin venir à un de tes dimanches, ce petit-là!... Ce n'est pas malheureux! ÎV'importe, il est gentil... Nous aurons aussi monsieur Barois, j'espère, puisqu'il est à Paris?
HÉLÈNE
Mais je crois bien... Il y aura des « pays ». Vous êtes contente, ma cousine?
MADEMOISELLE MESSANY.
Eh ! oui... (Enlre Sébastien. ) Eh! le Voici... Bon-
jour...
(Elle lui tend la main.)
SÉBASTIEN
Mes hommages, mademoiselle... ;a Hélène.) Bonjour, madame.
HÉLÈNE
Bonjour, monsieur.
MADEMOISELLE MESSANY.
Dites, monsieur Sébastien, j'ai une idée... Tantôt, quand tout le monde sera parti, restez donc à dîner avec nous, nous ne serons que tous les trois.
HÉLÈNE
Oui... voyons... acceptez.
SÉBASTIEN
Avec grand plaisir, mademoiselle.
MADEMOISELLE MESSANV.
Je vous ferai une tarte dont vous me direz des nouvelles... Ça vous est égal que je vous quitte un instant? J'en ai des occupations, le dimanche!
(Elle sort.)