ACTE II, SCÈNE V
HÉLÈNE
Oh ! s'il avait la bonne idée d'accompagner monsieur Moulaine!
BAROIS, à Srhastien. à pnrt.
Serval est commanditaire de l'Opéra, et il est l'amant de Lucie Grège.
SÉBASTIEN
Bon.
Je te dis cela pour que lu ne fasses pas de gaffes.
SÉBASTIEN
Je n'en ai pas envie.
BAROIS.
Ce sont des choses qu'il faut savoir, mon cher...
HÉLÈNE, uppi'ochant.
Qu'est-ce que vous marmottez-là, tous les deux?
(A Sébastien, le prenant par la main.) VeUCZ... VCUCZ qUC
je vous présente à monsieur Balanier...
(Elle le conduit et fait les présentations à voix basse. Le deux hommes se serrent la main. Hélène revient vers madame La Houhelle sur un signe de celle-ci.)
MADAME LA HOUBELLE, à Hélène.
Mon enfant?...
HÉLÈNE
Chère madame?
MADAME LA HOUBELLE.
Ce jeune homme dont vous m'avez parlé l'autre jour et à qui vous portez de Tintérêt, c'est monsieur Real, n'est-ce pas?
HÉLÈNE
Oui, madame.
372 HÉLÈNE ARPOUIN
MADAME LA HOUBELLK. diin mouvement de tète.
Celui-ci ?
HÉLÈNE
Celui-ci.
MADAME LA HOUBELLE.
Bien. Mais avant de m'occuper de lui et pour savoir dans quelle mesure je dois le faire, une question : lui portez-vous de l'intérêt seulement ou un vif intérêt?
HÉLÈNE
C'est le frère d'une de mes meilleures amies.
MADAME LA HOUBELLE.
Alors, nous disons un vif intérêt ?
HÉLÈNE
C'est cela, madame.
MADAME LA HOUBELLE.
Dans ce cas, j'en causerai avec Moulaine et à nous deux nous ferons beaucoup. Et je fais toujours plus que je ne promets.
HÉLÈNE
Je vous en aurai, madame, une gratitude profonde.
SERVAL, continii.int.
Oui... Cabaniès a fait un coup de maître .. Mais si l'affaire rate, il est coulé à Paris... Je le regretterais, car c'est un homme intelligent et un vieil ami à moi
BALANIER.
Qui n'est pas un vieil ami à vous?
SERVAL
Peu de gens, en effet, mais Cabaniès est un des plus anciens. Je l'ai connu il y a vingt ans dans des tripots où il jouait la pièce de cent sous...
AfITE II, SCÈNE V 373
Aujourd'hui, il a cinq millions à lui... iMon Dieu ! oui, ils ont fini par être à lui !
BALANIER.
De quel pays est-il, Cabaniès ? Espagnol?
SERVAL
Il est Portugais. Il y a des gens qui le croient Américain, d'autres Smyrniote ou Turc. On a môme été jusqu'à dire qu'il était Français... Car il n'a aucun accent. Mais moi je suis sûr qu'il est Portugais parce que nous avons été conduits au poste ensemble autrefois... pour tapage nocturne... à la sortie du Cercle et il a fallu que l'ambassadeur de Portugal le fît réclamer. C'est comme ça que j'ai appris sa nationalité.
MADAME LA IIOUBELLE.
Ça n'a d'ailleurs aucune importance.
SERVAL
Pas l'ombre. C'était pour vous montrer que je connais Cabaniès depuis longtemps... Ici, je dois avouer qu'un beau jour il a disparu et qu'on ne l'a pas revu sur le boulevard pendant cinq ans... Naturellement, on a dit qu'il avait passé une partie de ce temps en prison, vous connaissez notre petit monde... En tout cas, Cabaniès qui était parti sans le sou est revenu avec la forte somme et ce n'est certainement pas en prison qu'il l'avait gagnée.
MADAME BALANIER.
A moins que ce ne soit, au contraire, la façon dont il lavait gagnée qui Tait conduit en prison.
SERVAL
C'est tout de même quelqu'un , ce bonhomme-là !
MADAME LA HOUBELLE.
C'est une physionomie.
BALANIER.
Ces gens-là sont rarement Français, c'est dommage.
SERVAL
Ecoutez, ça vaut peut-être mieux... Enfin! j'aime beaucoup Cabaniès et je suis un de ses souscripteurs. Qu'il ait des anicroches dans son passé, c'est possible ! Qu'il y ait des histoires louches à l'origine de sa fortune, ça ne nous regarde pas... Aujourd'hui Cabaniès est un homme qui va nous montrer la Graza et dont tout Paris s'occupe, je ne connais que ça.
(Apparaissent dans le fond Moulaine d'abord, puis Cabaniès.)
HÉLÈNE, se levant.
Ah ! monsieur Moulaine...
MOULAINE.
Et je vous amène, voyez qui !
HÉLÈNE
Monsieur Cabaniès... Oh ! que vous avez bien fait !
(Elle lui serre la main el va serrer également la main de Cabaniès.)