ACTE II, SCENE III
GUILLONET.
Ce n'est pas gentil de faire allusion à ça... Vous m'en voulez donc toujours?
LUCE
i\loi ? pas du tout. Je trouve qu'à un certain degré de muflerie les hommes sont excusables.
GUILLONET.
Mais je n'ai pas été mufle avec vous !... il ne faut pas dire ça ! J'ai refusé de vous enlever, c'est une preuve d'estime que je vous ai donnée, au contraire... Oii en serions-nous si nous avions fait cette folie ? Nous nous serions mariés, nous aurions divorcé. C'était fatal. Nous étions trop jeunes, nous ne connaissions pas la vie... Mais tout ça c'est le passé, n'en parlons plus. Vous ne vous imaginez pas ce que je suis content de vous retrouver... Etes- vous jolie ! Etez-vous jolie !
LUGE
Veuillez ne pas me parler ainsi. Où vous croyez-vous ?
GUILLONET.
Chez moi.
Vous êtes employé au ministère ?
GUILLONET.
Je suis chef de cabinet de M. Bourdolle.
LUGE
Je vous fais mes compliments.
GUILLONET.
Et VOUS? que venez-vous faire ici? Ah ! oui... au fait... votre mari est professeur, je m'en souviens... Mais je peux vous aider... Dites-moi ce que vous désirez ?
LUGE, froidement.
Mon mari n'est plus professeur.
GUILLONET.
Ah ! Et qu'est-ce qu'il fait maintenant ?
LUGE
Cette question est de la dernière inconvenance.
GUILLONET.
Pourquoi ?
LUGE
Je suis veuve.
GUILLONET.
Oh! j'ignorais... excusez-moi. Veuve! Mais venez donc dans mon cabinet !... Ne restons pas ici !
LUGE
Trop aimable. Je préfère rester.
GUILLONET.
Vous attendez le ministre ?
LUGE
Oui. J'ai rendez-vous avec lui.
GUILLONET.
Nous l'attendrons ensemble... Vous me raconterez votre existence.
LUGE
Elle a été bien simple. Mais je sens, à des signes qui ne me trompent pas, qu'elle va commencer à être mouvementée.
GUILLONET.
Tant mieux. Je n'ai pas besoin de vous dire que si vous avez besoin de moi pour quoi que ce soit...