ACTE II, SCÈNE V
Fouras. Et il ajoute : « Mais je voudrais savoir comment monsieur le ministre de l'Instruction publique concilie son attitude d'aujourd'hui avec les paroles qu'il a prononcées autrefois à cette même tribune. » Et il sort de je ne sais oij, de V Officiel, je crois, un discours de moi remontant à cinq ou six ans et où je soutenais une politique qui est juste le contraire de notre politique actuelle. Voilà où nous en sommes : on va chercher dans le passé des gens ! Heureusement, nous connaissons la manœuvre. C'est ce qu'on appelle mettre quelqu'un en contradiction avec soi-même. On nous a fait ce coup-là à tous. La Chambre n'y attache pas la moindre importance. Je hausse légèrement les épaules en souriant. « Je désire simplement, continue Fouras de son ton solennel, que monsieur Bourdolle nous dise sa véritable opinion, si c'est celle d'hier ou celle d'aujourd'hui, et je serais heureux de lui avoir fourni l'occasion de s'expliquer. » Alors, je ne sais pas ce qui me prend. Je veux en finir avec cette manie qu'on a d'exiger d'un homme politique une continuité d'opinion qu'on ne demande ni à un savant, ni à un penseur, ni à un écrivain. Je veux dire une fois pour toutes qu'il n'y a pas de politique possible si l'homme d'Etat n'a pas le droit de se transformer suivant les événements et les circonstances. Je me lève de mon banc et je crie à Fouras : « Vous voulez savoir ma véritable opinion? Je vais vous la dire. Ce n'est pas celle d'hier, ce n'est pas celle d'aujourd'hui : c'est celle de demain ! » C'était un grand mot de gounement. Personne ne l'a compris.
ALINE
Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
BOURDOLLE.
Ça a été épouvantable. Jamais je n'ai vu une Chambre dans un état pareil. On m'a montré le poing à l'extrême gauche : mes amis levaient les bras au ciel... Bilotte demande à transformer la question en interpellation. A ce moment , le Cabinet était perdu. Tout à coup, Gibacier se tourne de mon côté et me crie : « Démission 1 » Et toute la Chambre se met à hurler : « Démission ! » Mes collègues me regardent. Le président du Conseil me dit à l'oreille : « Mon cher, vous venez d'avoir un mot malheureux. » C'était fini. J'étais débarqué. (A GuUionei.) A présent, mon petit, laissez-moi, voulez-vous? J'ai à causer avec ma femme.
GUILLONET.
Oui, monsieur le ministre, oui...
(Il entre dans son cabinet.)