‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 49 sur 305 · ACTE JI, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE JI, SCÈNE VI

ALINE

Nous l'aurons, oui, mais à la condition de nous tenir tranquilles.

BOUHDOLLE.

Tranquille, après le coup que j'ai reçu dans l'estomac !

Garde-le. N'en montre rien. Tu fais de la politique, tu ne lais pas de la boxe. Ton attitude doit être celle d'un monsieur qui n'attend pas après un portefeuille. Nous sommes riches , nous sommes mrme plus riches que ne le croient tes collègues : voilà ce qui compte. Tu es populaire dans ton pays, tu seras toujours réélu député. Ta situation là-has, mon salon à Paris, nous n'avons pas besoin de nous presser.

BOURDOLLE.

Tu ne tiens pas compte de mon tempérament !

ALINE

Et je ne veux pas en tenir compte. Avec ton tempérament, tu ne peux faire que des gaffes, en ce moment-ci. Tu es très bien tombé, tu es tombé en homme de gouvernement, tout seul. Ça a beaucoup d'élégance. J'aime mieux cette chute-là qu'une chute en paquet, avec tout le monde. L'amour-propre est sauf et la position excellente, mais à une condition, c'est que nous prenions ça très bien, en souriant. Pas de gestes, pas de colère et de la désinvolture, voilà le programme.

BOURDOLLE.

Oui, mais, entre nous, nous pouvons dire...

ALINE

Disons-le. Et encore, ce n'est pas la peine...

66 LES FAVOIÎITKS

chacun son tour. Aujourd'hui, tu es lâché. Demain, c'est toi qui lâchera les autres.

Je n'attends que l'occasion!...

ALINE

Et moi, donc !

BOURDOLLE, VaUlrnnt.

Viens te mettre un instant sur mes genoux... 11 me faut ça après toutes ces émotions.

ALINE, lui pasmint les brus autour iln cou.

Voilà, mon chéri. On est gai ?

BOURDOLLE.

Très content.

ALINE, se levant.

A tout à l'heure, mon chéri... Je rentre chez moi, parce que certainement je vais avoir beaucoup de visites.

BOURDOLLE.

Les vrais amis, ceux-là !

ALINE

Oui, ceux qui ne te pardonnaient pas d'être au pouvoir.

BOURDOLLE, la reconduis.iiU rers le fond par la taille.

Moi, je vais envoyer des tas de dépêches dans mon département. Ils ne sauraient pas quoi penser... Mais Fouras me dégoûte bien!

ALINE

Je vais l'inviter à dîner.

Tu as raison.

(Il revient à son bureau el se met à écrire.)

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