‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 60 sur 305 · ACTE II, SCÈNE XI XI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XI XI

Nous nous retrouverons, madame, et je m'occuperai de vous.

LUCE, arec ironie.

Non!

BOURDOLLE.

Comment? non! vous en doutez?

LUCE

Un peu. Mais ça ne fait rien. Je n'en suis pas moins touchée de votre accueil.

BOURDOLLE.

Et pourquoi en doutez-vous? Parce que je vous ai parlé tout à l'heure en badinant? Ça ne m'a pas empêché de m'apercevoir que vous étiez une femme très intelligente.

LUCE

Oh ! monsieur le ministre...

BOURDOLLE.

Très originale, pas quelconque! Et je m'en étais déjà aperçu l'autre jour chez la comtesse, qui a beaucoup d'estime pour vous, entre parenthèses. Elle m'a un peu raconté votre existence... votre mérite... car vous avez du mérite. Maintenant, je me rappelle. Vous travaillez, vous écrivez... c'est très bien, c'est très bien. Et, pardessus le marché, vous me dites que vous êtes toute seule. C'est encore mieux... Les questions féminines m'intéressent beaucoup plus que vous ne pensez.

LUCE

Est-ce possible ?

Elles me passionnent et j'ai quelques idées làdessus que je serai peut-être à même de réaliser

bientôt. On ne s'imagine pas comme il y en a aujourd'hui de jeunes femmes pleines de talent

3ui cherchent à se créer une situation indépenante.

LUGE

Oui... oui... Ah! voilà î voilà!

BOURDOLLE.

Et on ne fait rien pour elles ! On ne les utilise pas! Elles végètent dans leur coinî Ce sont des forces perdues I

LUCE

Des forces perdues!... Oui, c'est le mot... parce qu'acnés ne rencontrent jamais l'homme supérieur qui saurait s'en servir... Que c'est bien ce que vous dites-là, monsieur le ministre, que c est bien! Et quand on pense que vous venez d'être renversé du pouvoir par des imbéciles et qu'au lieu de vous mettre en colère, vous êtes là à causer gentiment, comme si rien ne s'était passé, avec une femme que vous avez vue à peine une faisl Oh i oui... c'est beau ! c'est magnifique l

BOURDOLLE.

Voyons,- madame,., voyons!

LUGE

Ça prouve que vous êtes vraiment fort! Car c'est à ce moment-là qu'on juge les hommes,, quand ils ont été victimes d'une injustice et qu'ils la supportent chiquement !

BOURDOLLE, tout à coup.

Ça méfait plaisir d'entendre ces choses-là! Et dites avec cette crânerie. Et puis on sent que vous le pensez.

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