ACTE II, SCÈNE XI
LUGE
Jamais! Et c'est bête à dire... on ne devrait pas dire ça de soi... J'ai du talent... Je vous jure, monsieur Bourdolle, que j'ai du talent.
BOURDOLLK.
Mais j'en suis sûr... j'en suis sûr... Eh bien, c'est entendu, je vous prends avec moi... Car c'est moi qui vais être directeur de ce journal.
LUGE, arec enlhoiisi.tsnw.
Vous, monsieur Bourdolle!
BOURDOLLE.
Moi!
Oh! c'est merveilleux!... Ça, c'est un coup de maître !
BOURDOLLE.
N'est-ce pas? Alors, vous êtes contente ?
LUGE
Je suis affolée. . . il n'y a pas d'autre mot, affolée !
{Allant naïvement à Bourdolle et lui prenant la main.) Oll !
monsieur Bourdolle, vous ne savez pas ce que je vous devrai... Naturellement, je ne pourrai jamais rien faire pour vous, moi, je suis trop loin de vous... Mais on ne sait pas... En tout cas, vous pourriez me demander ce que vous voudriez !
BOURDOLLE. ri.tnl.
Tout ce que je voudrais?
LUGE
Oui... tout... sauf, bien entendu... C'est vrai... Je n'y songeais pas... Ma parole, il y a des moments où j'oublie que je suis une femme!
86 LES lAVOlUTES
BOURDOLLE.
Et une délicieuse femme!
LUGE
Non, mais enfin...
BOURDOLLE,, gaiement.
Et si je vous le demandais, pourtant, ça, un jour? Si je vous le demandais? (Ju'esl-ce que vous me répondriez?
LUCE
Je cherche...
BOURDOLLE.
Vous me le refuseriez?
LUCE, grave.
Oui, monsieur Rourdolle, Je vou? le refuserais. Mais j'aurais un rude chagrin!
BOURDOLLE, savançanl vers elle.
Je ne vous plais pas, alors?
LUGE, le repous.^ant légèrement.
Non... non... tenez-vous... laissez-moi partir... Je ne vous répondrai pas... Aujourd'hui, je suis trop heureuse pour parler sérieusement.
{Elle est près de la porte.)
BOURDOLLE.
Mais demain?
LUGE
Demain? Vous m'aurez rendu un trop grand service pour que je vous accorde quoi que ce soit!
BOURDOLLE.
Et après-demain?
LUCE
Vous ne penserez plus à moi.