SCENE VII LAZARE, MARCELLE, puis CÉCILE
LAZARE, le lirrr à l;i main.
Je n'ai pas voulu le dire devant mon père, madame, mais il faut que je vous fasse des excuses.
MARCELLE, aasise devant le comptoir et souriant.
Et de quoi, mon Dieu?
LAZARE
Je me suis permis de lire quelques-uns de vos volumes...
MARCELLE
Voiis avez bien fait : il n'y a pas de mal.
LAZARE
Je les ai même tous lus pendant que j'y étais.
MARCELLE
Vous ne connaissiez pas Balzac?
LAZARE
Je n'en connaissais que des fragments... C'est bizarre, je croyais même qu'on ne le lisait plus et que les femmes... surtout les femmes de votre éducation... lui préféraient des romanciers plus légers, plus...
2fi I.'ATTrxIAT
MARCELLE
Plus frivoles?... Ça dépend ce qu'on demande à une lecture et du genre d'imagination que l'on a.
LAZARE
Oui... oui... en effet... A vous voir si sérieuse... si occupée de votre fils... toujours seule avec lui, on comprend bien que... vos goûts, votre idéal, ne doivent pas être ceux de toutes les femmes.
.MAHCELLE.
Bahî
LAZARE
Il y a dans un des romans de Balzac, le Lys dans la vallée, je crois, une figure de femme, droite, pure, attachée à ses devoirs... avec un cœur (c enivré de maternité » comme il dit... qui doit vous plaire beaucoup.
MARCELLE
Oui, certes... mais pourquoi?
LAZARE
Parce que je trouve... — ce que je vais vous dire ne peut pas vous froisser... — je trouve que cette figure vous ressemble... ou plutôt que vous lui ressemblez.
MARCELLP;. (fuii'iitent.
Moi?
LAZARE
Car enfin, votre fils est tout pour vous. Quand on vous Ta rapporté l'autre jour, légèrement blessé, vous êtes devenue si pâle... si...
MARCELLE
J'ai eu grand'peur, je l'avoue... Mais n'allez pas
ACTi-: I, s<:i:ni-: vir 'Z i
VOUS imaginer pour cela que je suis créature (le roman...
LAZARE
Je me l'imagine cependant, je ne sais pas pourquoi.
MARCELLE, .se lerunl.
Oh! comme vous avez tort!... Je suis une maman qui élève son fils, voilà tout, et pas le moins du monde une héroïne... Et mon existence surtout n'est pas enveloppée de mystère, comme on aime à se le figurer dans ce quartier du Luxemhourg, dans cette paisible rue d'Assas, où tout visage nouveau est un événement. On a fait mille suppositions sur mon compte, n'est-ce pas? quand on m'a vue arriver, il y a trois mois... avec une voiture chargée de malles et de caisses!...
LAZARE
Je passais par hasard... Je rentrais chez mon père... Vous êtes descendue en tenant votre petit garçon par la main... Il vous a demandé : « Est-ce que c'est haut, chez tante Gésarine? »
MARCELLE, riant.
Vous avez entendu?
LAZARE
Oui... Et vous avez répondu : « C'est au troisième, mon mignon. »
MARCELLE
Tout bonnement... Et alors, qu'a-t-on brodé là-dessus?... Oh! dites-moi, ça m amuse.
LAZARE
On est si curieux, si indiscret!...
2S l'attf.ntat
MARCELLE
Voyons ! qii'a-t-on dit de moi?
LAZARE
Que vous veniez de province, après un deuil, des catastrophes, je ne sais quoi!...
MARCELLE
Des catastrophes ! ce n est pas banal ! Et, maintenant, on ne dit plus rien, j'espère?... C'est fini?
LAZARE, soiiri.'iiU aiiasi.
Oui, c'est fini... ça a l'air fini.
MARCELLE, même Jeu.
Allons, tant mieux ! . . . Mais votre père ne revient pas. Veuillez lui dire que ce qu'il fera sera bien fait... Au revoir, monsieur, et merci encore pour le service que vous m'avez rendu l'autre jour.
(Cécile parail. nu hau( de l'escalier, une las.se à la main.)
CÉCILE
Ton déjeuner, Lazare.
LAZAlîE, arec un mouvement d'impatience.
Tu vois bien que je suis occupé.
CÉCILE
Je te demande pardon.
C'est moi qui vous demande pardon. Au revoir mademoiselle!... Monsieur...
(Elle sorl. Au ntomenl où elle va fermer la porte, Lazare aperçoit le mouchoir qu'elle a laissé tout à l'heure sur la table, et fait un moui^ement comme pour aller le lui rendre. Puis, se ravisant, il (flisse furtivemenl le mouchoir dans sa poche.)
ACTF-; I, SCKMi VIII 20
CÉCILli. Kurprcii.iul son f/este. ;) j);irl.
C'est elle !