ACTE II, SCKNIC m 2^}'i
désig^ne pour une de ces ambassades, si vous faites un signe.
SALMÈRE.
Bombe), je ne vous en veux pas, car votre intention n"est pas mauvaise, mais j "espère que vous n'allez pas mettre ce genre de plaisanterie dans votre journal. Je sais bien que la politique étrangère comporte une certaine gaieté...
BOMBEL
Ce n'est pas une plaisanterie... D'ailleurs, l'idée de vous offrir une ambassade est de moi. C'est moi qui l'ai suggérée à Villerat, il y a quelques jours. Le ministre ne vous a pas consulté, je le sais aussi. Car l'idée de ne pas vous consulter est également de moi.
SALVIÈRE.
Elle est excellente, celle-là!
BOMBEL
Vous me répondrez que vous n'êtes pas de la carrière, mais ça m'est égal. Il est bon, à l'occasion, que la France soit représentée par nos illustrations nationales ou par des individus de haute valeur, comme vous... Ne faites pas le modeste...
SALVIÈRE.
Je le voudrais que vous ne m'en laisseriez pas le temps.
BOMBEL
Et non seulement vous êtes un écrivain de bonne race, et un esprit supérieur, mais vous appartenez à une famille de vieux bourgeois parisiens, et vous avez la grosse fortune. Madame Sulvière est en outre une des femmes les plus
L OISEAU BLESSE
distinguées de la société française. Elle montrera à Tétranger que toute aristocratie n'a pas disparu chez nous... Je vous dévoile là les éléments de larticle que je vous consacrerai...
SALVlfcrjE, ii:int.
J'ai bien compris.
Vous serez ambassadeur avant trois mois, et vous ne vous en doutiez pas il y a cinq minutes.
SAL\'IERE. mihnc jcAi.
Et je nen suis même pas absolument certain.
BOMBEL
Oui... oui... je devine que vous me prenez pour un petit jeune homme qui veut faire le malin...
SALVIÈRE.
^Moi! Bombel, je vous donne ma parole d'honneur qu'il y a peu d'hommes, aujourd'hui, que j'admire autant que vous. Je suis votre aîné d'au moins dix ans, et je me fais, à côté de vous, l'ellet d'un petit garçon qui ignore tout de l'existence. Vous êtes comme ça une vingtaine de jeunes gens qui êtes destinés à vous partager Paris, et parmi ces vingt-là, c'est vous le plus fort. Et ce que j'admire surtout en vous, c'est que vous n'êtes pas l'arriviste forcené, l'ambitieux au teint plombé et aux pommettes sailhmtes ; vous êtes un gaillard très décidé à jouir de la vie. Vous faites la politique étrangère dans un journal du matin, mais vous faites aussi la critique dramatique dans un journal du soir, et vous tenez ainsi un monde dans chaque main. Vous êtes donc un être admirable, iJombel, mais