SCENE XI SALVIÈRE, YVONNE
SALVIÈRE.
Ecoutez, Yvonne, ce n'est plus le moment de nous dire des gentillesses ou des subtilités... et de nous parler à demi-mot... Je ne veux pas que vous alliez retrouver ce garçon... je ne veux pas que vous tombiez dans ce monde de cabotines... Vous comprenez, maintenant? Je vous aime... Je veux vous garder près de moi, dans ma vie... L'existence que vous demandez au théâtre, je vous la ferai, moi, plus large et plus brillante ! Qu'est-ce que vous souhaitez? Qu'est-ce que vous rêvez? Dites-lo-moi!... Répondez-moi!
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YVONNE
Vous, tenez ! vous. . . Vous allez, pour un caprice, pour un petit caprice de rien du tout, bouleverser votre vie et la mienne... détruire votre bonheur... blesser votre femme... car un jour elle apprendra tout, forcément, fatalement, si elle ne s'en doute pas déjà... et ce jour-là, il vous faudra choisir entre elle et moi, et vous n'hésiterez guère!... Et, d'abord, vous ferez bien de ne pas hésiter... Seulement, moi, je serai llambée!... Si vous croyez que je m'illusionne sur le genre de sentiments que je vous inspire!
SALVIERE.
Mais non, vous ne les connaissez pas!... Et moi-même, avant de vous avoir vue désirée, fêtée et guettée , comme ce soir, moi-même je les croyais plus frivoles... Oui... oui... je croyais ne ressentir pour vous que le désir passager et brutal, le besoin d'avoir à moi un instant vos grands yeux et votre corps svelte... Eh bien, non, ce n'est pas cela... c'est quelque chose de plus profond, de plus tenace qui m'a pris... C'est toute votre personne et l'atmosphère de votre existence... C'est votre fantaisie, votre insouciance du malheur, ce mélange de gaieté et de fatalisme, les bonds hardis et gracieux que vous faites à travers la vie, comme une petite bête de proie... oui... c'est tout cela qui était nouveau pour moi... et qui s'est emparé de mon imagination... Vous voyez, Yvonne, que je vous olfre mieux qu'un caprice!
YVONNE
Une liaison avec vous!... Non, non, ce serait trop grave, trop dangereux... Vous ne me connaissez pas, vous ne savez pas ce que vous risquez...
Acri; II, scK.NK XI
Je me suis résignée une fois à être trahie parce que j'étais jeune et que j'ignorais mon propre caractère... mais aujourJ'liui, je me sens très combative, tout d'un coup, presque méchante, presque cruelle...
SALVIÈIŒ.
Vous, vous êtes douce comme une petite tigresse.
YVONNK.
Non, j'ai trop d'affection pour vous. Je ne veux pas être forcée de vous faire souffrir.
Je n'ai jamais souffert, justement : ça me manque beaucoup, ça me rend incapable d'un tas de choses.
YVONNE
Prenez-en une autre que moi.
SALVlÈPvE.
Si vous croyez que je vais souffrir avec la première venue !
YVONNE
Et puis, vous êtes extraordinaire, tout de même ! Qui vous dit que je veuille avoir un amant? Et s'il me plaît de rester sage désormais, tranquille, dans ma famille, entre ma mère et mon frère, et en élevant mon enfant! C'est vrai, ça!... Ne dirait-on pas que je suis obligée de prendre un amant, sous prétexte que j'ai commis une première faute? Eh bien, je n en prendrai pas d'amant... je n'en prendrai plus jamais ! Vous m'entendez? Ni vous, ni personne!
SALVIÈRE.
Alors, restez à Nantes et épousez un petit em-
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ployé! Comme parrain, je me charge de la dot! Mais ne restez pas à Paris, ne fre'qucntez pas les élèves du Conservatoire et n'allez pas courir dans les journaux!... Seulement, vous avez eu du succès ce soir, vous êtes grisée, et vous flambez ! Demain, quand vous lirez votre nom imprimé, vous en serez toute frémissante! Je vous regardais tout à l'heure pendant que vous jouiez et ({ue tous les yeux étaient hxés sur vous... Tardeur de vivre faisait battre votre cœur et vous donnait la fièvre, et moi qui vous connais, qui vous désire et qui vous aime, je devinais vos sentiments profonds! Osez donc me dire en face, à moi, que vous ne songez qu'à la vie de famille et à la sagesse ! Non, Yvonne, non, trop tard!... Vous avez été meurtrie, vous avez été humiliée, vous avez été trahie, et, que vous en ayez ou non conscience, vous ne l'avez pas oublié, vous n'y êtes pas résignée et vous voulez prendre votre revanche ! Eh bien, prenez-la sur moi! Ça m'est égal!
VVONXE.
Raymond, ne faisons pas cette folie... il est encore temps... ne nous voyons plus... Non... non... Je ne veux pas... je ne veux pas.
SALVIÉRE.
Alors, je serai très malheureux.
Y^'ONNE
Mais je ne le veux pas non plus, que vous soyez malheureux. Je ne sais pas quoi faire, moi, je ne sais pas quoi faire... Allez-vous-en, Raymond... je vous en supplie... Voici quelqu'un... allezvous-en !
t Entre ViUe.vul.
ACTH ir, s<:l:nes xii et xiii 'lit