‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 17 sur 272 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

CÉCILE, MARESCOT, L'APPRENTI, MONTFER- RAN et L"OU^RIER, dans la boutique à gauche,

POSTEL, GRAFFARD, LA MÈRE TOUQUET, à la porte de communication.

MONTFERRAN, avec cni])re.s.senicitl.

Une chaise ! vite, une chaise... Citoyen Marcscot, je vous demande la permission de faire entrer ce brave homme !

MARESCOT

Comment donc?

MONFERRAN, à l'ouvrier.

Entrez, mon ami !... Entrez... appuyez-vous sur moi, n'ayez pas peur! Appuyez-vous bien...

38 l'attentat

CÉCILE, avançant une chaixa.

Voilà !

MOXTFERUAN.

Merci, mademoiselle... (A l'ouvrier:) Là, asseyez-

A^OllS. (L'ouvrier s'assied.) Où ètes-VOUS blessé, mOQ ami? {L'ouvrier fait un signe de tête.) Nulle part?...

Allons, tant mieux!... Rien de cassé? Vous êtes sûr?... Levez les bras... faites aller les jambes... Parfait! (L'ouvrier se lève.) Vous en êtes quitte pour la peur, mais mon chauffeur est un maladroit.

(Il tire un portefeuille et y prend un billet de banque qu'il met dans la main de l'ouvrier. L'ouvrier, pour prendre le billet, laisse tomber sa casquette. Monlferran la lui ramasse et

l'essuie.) Teucz, mou ami... Rentrez vous reposer, vous remettre de votre émotion...

LAPPRE.NÏI.

Cent francs! 11 en a une veine, celui-là!

MONTFEItRAX.

Prenez lauto, si vous voulez. 11 a failli vous écraser; c'est bien le moins qu'il vous reconduise chez vous. Et, si vous avez besoin d'autre chose,

venez me voir... (L'ouvrier sort. — A Marescot :)

Excusez-moi, citoyen, d'en user avec ce sansgène.

MARESCOT

Vous êtes le bienvenu, citoyen député... Lui

désifjnanl l'atelier, à droite, oii les ouvriers et l'apprenti se sont remis il l'onrranc. VoUS VOyCZ, VOUS UOUS SUr-

prenez au milieu- de notre travail.

MOXTFERRAX, se n-toinvuinl.

C'est l'atelier?... Entrant ii ilroile. .-iuiri de Mare-^icol.)

Et un atelier modèle, à ce qu'on ma dit : une petite famille.

MAHESCOT.

Ma foi, oui. (Présentant.) Postel, madame Toiiquet, Graffard, notre apprenti...

MONTFERHAX.

Je le reconnais.

MARESCOT

Un travaille ensemble depuis de longues années, preuve qu'on n'a pas trop à se plaindre les uns des autres.

MONTEEURAX.

Cela fait votre éloge à tous. Et quel travail intéressant, passionnant ! Un relieur, un artiste comme vous, citoyen, est un grand couturier. Il habille de beaux corps, des chefs-d'œuvre de typographie, des papiers de luxe doux au toucher comme un épiderme de femme.

LA MÈRE TOUQUET, à mi-voix.

Dieu ! que cet homme-là parle bien !

MARESCOT

Uh ! j'en habille de bien vilains aussi, allez! Aujourd'hui, la plupart des prétendus papiers de luxe ne sont qu'une camelote éphémère comme le reste, i^ar tout se tient et tout dégénère. Le dehors des livres ne vaut pas mieux que le dedans. Si vous saviez ce qu'on nous donne parfois à relier... Tenez !

(Il lui munii'c (/i/e/(///t'N fulinncs./ MONTFERRAN.

Eh! oui, je vois... on empoisonne le peuple. Comment veut-on qu'il ait le sentiment de la l)eauté et de la vérité ! On l'entretient dans le mensonge, la bassesse et l'erreur !

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