‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 173 sur 272 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

SALMÈRE, Y^'0^'^'E, Le Domestique un nmlanl. pnh VILLERAT.

SALVIÈRE. allant i'ivemenl ù elle.

Je ne veux pas que tu ailles à ce dîner, je ne veux pas !

YVONXE, liirrclant.

Avant de me faire une scène, vous seriez bien aimable de demander si madame Salvière est là. J'ai rendez-vous avec elle ainsi qu'avec madame Villerat, à trois heures, pour organiser une représentation à laquelle je dois prêter mon concours. Il est trois heures moins le quart. Si votre femme est chez elle, j'aurai le regret de vous quitter et vous me ferez votre scène à un autre moment.

SALVIÈRE, au domcsli'jvr i/u'il vifiil de sonner.

Madame est-elle rentrée?

LE DOMESTIQUE

Pas encore, monsieur.

A( ri: !H, scKNi: in 20")

SALVIKUE.

Dès qu'elle rentrera, veuillez la prévenir que mademoiselle est arrivée.

Et que je me tiens à sa disposition.

LE DOMESTIQUE

Bien, mademoiselle.

fil xorl. '

YVONNE. .7 Salriùre.

.le ne veux pas avoir l'air de me cacher, vous comprenez, ni que vous puissiez me reprocher un jour de vous avoir compromis.

SALVIÈHE.

Sois tranquille.

YVONNE

Ainsi, rappelez-vous que je viens aujourd'hui vous prier de vous occuper de mon frère...

SALVIÈRE.

C'est entendu.

YVONNE

11 faut lui trouver une place , à mon petit Roland, une bonne place...

SALVIÈRE.

Je la lui trouverai.

YVONNE

Je lui ai dit que vous l'attendiez cet aprèsmidi.

Je l'attends... je l'attends...

YVONNE

Maintenant, je suis à vous pour la scène.

lOù i.'oisiîAT lii.icssi':

SALVIEIŒ.

Veux-tu me dire ce que je t'ai fait pour que tu prennes avec moi cet air de martyre?

YVONNK.

J'ai mon air habituel, il me semble.

SALVIKRE.

Habituel avec moi.

YVONNE

Enfin, vous ne voulez pas que j'aille dîner avec ces gens, n'en parlons plus. Je n'irai pas.

SALVIÈlîE.

Je ne veux pas pour le moment, parce que je suis en colère... Mais tout à l'heure, je le voudrai si tu le veux toi-même et si tu ne te décides à me sourire qu'à cette condition-là.

YVONNE, sotirianl.

Vous ne vous imaginez pas quelle différence il y a entre vous de bonne humeur et vous bougon. Ce n'est plus le même homme, il y a un abîme.

SALVIÈlîE.

L'abîme, c'est toi...

YVONNE

Alors, vous permettez que j'aille à ce dîner?

SALVIÈllE.

Je t'en supplie... et, au besoin, je te l'ordonne.

YVONNE

Et VOUS viendrez aussi? Je tiens beaucoup à ce que vous y veniez.

scKNi: III 297

SALVIEKK.

J'irai. Je m'arrangerai pour ça. Deux ou trois histoires à inventer, quelques visites, cinq ou six coups de télépiione, trois rendez- vous à contremander et le temps de me mettre on liabit. Rien de plus simple. Je suis à toi.

YVONNE

Et dire que vous êtes convaincu que je ne vous aime pas !

SALVIÈUK.

Dieu me garde de me poser jamais une question aussi absurde !

YVONNE

Tout ça parce que je ne suis pas expansive, que je ne prononce pas de grands mots à tort et à travers et que je suis un peu méfiante. C'est curieux qu'avec toute votre intelligence vous ne compreniez pas le caractère d'une simple petite femme comme moi. Mais je vous aime bien, vous savez, et je suis très heureuse. Qu'est-ce que vous pouvez demander de plus?

SALVIÈRE.

Rien, certes... Tu as pour moi une espèce d'affection et des sentiments obscurs que tu traduis admirablement par l'expression : « Je vous aime bien. » Et, en effet, je ne t'en demande pas davantage. Mais comprends donc que moi qui t'aime, moi qui ne peux plus, hélas! me passer de toi, je suis au supplice de te savoir errante dans Paris, avec l'un ou l'autre, à la recherche d'un plaisir, d'une distraction ou d'une aventure!... Tu m'échappes sans cesse, je ne suis pas relié à ta vie! Je n'ai de toi que les rares minutes que nous passons ensemble dans des

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endroits hasardeux où je vais en me cachant et 011 tu arrives en pensant à autre chose ! Tu me re'pondras que ce n'est pas de ta faute si je suis marie'...

YVONNE

Dame! Moi, je ne vous empêthe pas de macrompagner partout, au contraire.

salvièiîf:.

Tu sais bien que c'est impossible et que je n'ai pas le droit, qu'en tout cas je ne me crois pas le droit d'afficher une maîtresse... Je ne me crois pas non plus le droit de tromper ma femme, mais, celui-là, je l'ai pris à mes risques et périls et entraîne' par la fatalité de notre rencontre. .

YVONNE

Oh! je ne vous reproche pas d'aimer votre femme. Au contraire, je trouve ça très bien. Vous aimez votre femme, vous avez une maîtresse. C'est à vous de vous débrouiller là dedans.

SALVIÈIŒ.

Ne me rends donc pas la situation encore plus délicate, encore plus compliquée, ne me la rends pas douloureuse avec tes vagabondages!...

YVONNE

Mes vagabondages! Mais, vraiment, ne dirait-on pas que je mène une vie scandaleuse! Vous semblez oublier que moi aussi j'ai des ménagements à garder, que je vis dans ma famille, entre ma mère et mon frère, et que j'élève mon enfant! Vous me parlez d'une façon blessante et que je ne mérite pas, Raymond. Je vous prie de vous arrêter...

SALVIERE.

Oui... je m'arrête... je m'ari'ôte... et je me demando pourquoi je te dis des choses dont la prodigieuse inutilité m'apparaît avec éclat... Tu as raison! tu as raison. Ne me réponds même plus quand je t'interrogerai... et. lorsque tu me verras jaloux^ eouiuic aujourd'hui, contente-toi de me regarder avec les yeux que tu as maintenant... Je comprendrai.

vvoNxr:.

Alors, je suis toujours ta petite Yvonne, qui est gentille, au fond, sans l'ombre dune méchanceté ni d'une arrière-pensée, avoue-le!

SALVIÈRE.

C'est vrai... tu n'es pas méchante. Tu te contentes de suivre ta jeunesse et d'obéir à ton goût de la vie... S'il me fallait dire de quoi est faite notre liaison, et ce qu'elle contient, j'en serais incapable... Elle contient peut-être un désastre et peut-être la plus commune des aventures... Tu es une lumineuse petite comète qui décrit autour de moi une trajectoire dont j'ignore la loi.

YVONNE

J'aime bien quand vous me parlez comme ça, car je comprends.

SALVIÈRE.

Tu as de la chance.

(Entre le domestique.)

LE DOMESTIQUE

Ces dames viennent d'arriver et attendent mademoiselle Janson.

:?00 I.'OISKAU HI.liSSÉ

YVONNE

Alors, monsieur, je vous quitte et merci pour mon protégé.

(Entre Villenit par la porte laissée anverle par le do mes tique.)

VILLERAT.

C'est moi... J'ai accompagné ma femme parce que j'ai un mot à te dire. (// lui serre la main.) Mademoiselle, on vous attend avec impatience... Je sais de quoi il s'agit et nous comptons beaucoup sur vous.

Y\ONNE

Je ferai de mon mieux, monsieur le ministre.

l'Elle sorl après avoir salué. Le valet de pied la suif.)

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