I. OISE-XU BLESSi
contient cette seconde? Et quel est le jour qui contient cette heure-là? Ce qu'il y a de plus bizarre, c'est que je ne suis pas la proie d'une de ces passions foudroyantes qui vous prennent tout, cœur, sens et cerveau... Non... c'est plutôt une fascination, quelque chose qui lient de la magie et de la lièvre. Cette fille est venue à un moment de ma vie où j'étais dans l'ordre, dans le silence, dans le travail... Mon existence était rangée autour de moi avec une harmonie parfaite et je me préparais à vieillir en paix, l'out à coup, une petite fée m'est apparue, la fée de la fantaisie et du désordre, et elle m'a dit : u ïu es trop tranquille pour ton ùge. Si ça continue, tu vas être heureux et il ne faut pas. »
\1LLEKAT.
Et tu préfères être malheureux?
SALVIÈRE.
Elle ne m'a pas laissé le choix.
VILLEItAT.
Elle ne t'aime pas I
SALVIÈliE.
Elle ne s'est pas encore préoccupée de ce détail.
AILLERAI.
Est-ce qu'elle te trompe?
SALVIÈRE.
Pas même. Elle s'amuse, elle est enchantée de la vie, elle est très gentille. Elle ne me fait souffrir que lorsqu'elle ne peut pas faire autrement, et elle ne reste avec moi que parce que je no lui dis pas de s'en aller. Car le jour où je lui décla-
rerais que notre liaison est terminée, et que j'en ai assez, elle disparaîtrait tout de suite, le sourire sur les lèvres, sans l'ombre d'un regret, et elle passerait à un autre exercice. Aussi, est-il probable que je ne le lui dirai pas avant longtemps.
VILLEKAT.
SALVIERE.
Et ta femme ?
Eh bien ?
VILLEUAT.
Tu ne l'aimes donc plus?
SALVIÈRE.
Si je ne l'aimais plus, ce serait trop simple. Mais ma tendresse pour elle ne s'est ni transformée ni amoindrie... J'aurais horreur que ma folie lui coûtât une larme!... C'est comme une maladie que je fais à côté d'elle sans qu'elle s'en aperçoive... 11 me faut lui cacher mon inquiétude, mes rechutes, mes frissons de iièvre... C'est très dur quelquefois, très dur... Tu vois, mon bon ami, que je suis dans un triste état et que, pour peu que cela dure encore quelques semaines, je ne serai même plus capable d'être ambassadeur.
VILLERAT.
Ne crois pas ça. Bref, résumons-nous... ïu as vingt-quatre heures pour te décider...
SALVIÈRE.
Uni... oui... je réfléchirai... Merci... Je te rendrai réponse ce soir...
VILLERAT.
Définitivement, n'est-ce pas?
[Entre Madeleine.)
304 l.OISEAL- ULESSli