‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 182 sur 272 · SCENE Vin · texte numérisé non relu

SCENE Vin

SALVIÈRE, YVONNE.

VVONNi;.

Tiens! vous êtes seul?... Je croyais que madame Salvière était avec vous?

SALVIÈRE.

Elle est sortie... J'ai à vous parler, Yvonne. J'ai quelque chose d'assez grave à vous dire... Je ne vous le dirais pas si je n'étais pas sûr d'avance de ne vous causer aucun chagrin... de ne vous causer, en tout cas, qu'une petite peine passagère qui s'etlacera vite sous votre jeunesse.

YVONNE, étonnée.

Je vous écoute, mon ami, qu'est-ce qu'il y a?

SALVIÉHE.

Voici, ma chère Yvonne... Un hasard a appris à ma femme nos relations.

YVONNE, tfès doiicemenl.

Madame Salvière sait que... je suis votre maîtresse ?

SALVn-lRE.

Oui.

YVONNE, sans un geste et gravement.

Ça devait arriver : c'était inévitable. Je l'avais prévu.

SALVIÈRE.

Nous l'avions tous prévu. Alors, voyez-vous, il

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faut... il faut nous séparer, c'est nécessaire. (Regardant Yvonne resiée immobile.! Oui, ça VOUS est parfaitement égal, c'est bien ce que je pensais... Oh! je vous le dis sans amertume, Yvonne, ce n'est pas un reproche. 11 y a eu entre nous l'éternel malentendu. Je vous demandais ce que je cherchais et non pas ce que vous pouviez me donner... et vous, vous auriez préféré un amant plus jeune et plus léger que moi... Mais, en moi, ce que vous aurez désormais, Yvonne, si ce n'est plus un amant, ce sera un grand ami... et, comme ami, je crois que je serai très bien et que vous ne trouverez jamais mieux, vous verrez.

YVONNE, In. gorge serrée.

Eh bien, alors... adieu.... Raymond... adieu... je... je m'en vais.

SALVIÈRE.

Adieu, Yvonne, (il lui tend l,i main qu'elle lui prend machinalement.) VouS plcurez?.,.

Non... non... je ne sais pas...

SALVIERE. lui gardant la main.

Si, si, vous pleurez... Et c'est très gentil ce que vous faites là... Voilà ma petite vanité satisfaite...

(La. voyant chanceler, il la relient.) Qu'est-Ce que VOUS

avez?

YVONNE

Rien... rien... laissez-moi... laissez-moi partir...

(Elle tombe en snnglotant sur une chaise.) SALVIERE, allant la relerer et la prenant dans .se.s bras.

Voyons... Yvonne... voyons... il ne faut pas sangloter... Mais qu'est-ce qui vous arrive!... Je

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ne comprends pas... je ne comprends pas... Regardez-moi... Ce n'est pas grave... ce serait grave si vous m'aimiez... mais puisque vous ne m'aimez pas!... Répondez-moi... répondez-moi donc... Vous n'allez pas médire que vous m'aimez?... Ce

n'est pas possible... (Elle esl dans ses bras, tonte palpi-

innie. Il la relient.^ Mais si tu m'aimais, petite malheureuse, pourquoi étais-tu coquette, sournoise et sauvage? Pourquoi ne me répondais-tu pas quand je te disais que je t'aimais? Pourquoi me regardais-tu avec des yeux indifférents et puérils au lieu de me montrer les yeux que tu as en ce moment et à qui les larmes vont si bien?... Dis?

pourquoi? pourquoi?

Oui... c'est de ma faute, ce qui arrive... c'est de ma faute... Mais je venais d'être si meurtrie et je m'étais tellement raidie contre mon malheur, que je n'ai pas osé me livrer et me montrer à vous comme j'étais... J'avais peur que vous en abusiez... D'abord, moi, je ne sais pas dire que j'aime... mais il me semble que vous auriez dû le deviner... Car enfin, je me suis donnée à vous... Et vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi? Vous savez pourtant bien que ce n'est pas par intérêt. Alors, c'est sans raison, n'est-ce pas? en songeant à autre chose?... Cane m 'étonnerait pas d'ailleurs que vous ayez pensé ça... Qu'est-ce que j'étais pour vous? Une petite créature sans cœur et sans conscience, qui n'a jamais réfléchi à la vie, qui n'attache d'importance à rien... qui ne peut pas souffrir... Oh! je me rappelle vos paroles, une petite bête... une petite bête de proie... Ah! Raymond, vous vous êtes cruellement trompé sur moi! Je vous avais aimé tout de suite, au contraire, parce que je sortais d'une crise où

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j'avais été humiliée et blessée et que je vous voyais tout à coup devant moi, souriant et ému, et me témoignant une sympathie subite. Et maintenant, il n"y a pas de femme plus malheureuse et plus triste que moi !

SALVIÈRE.

C'est effrayant ce que tu me dis là... Alors, quand tu me paraissais perverse et acharnée contre moi, je me trompais... Oui... oui... je me trompais ! Tu n'es pas la femme que je croyais, en effet... J "ai été d'une inintelligence et d'une frivolité qui mépouvanient... et, quoi qu il m"arrive, je n'aurai pas ce que je mérite. Je me demandais ce qu'il y avait dans notre liaison, une aventure banale ou un désastre; je suis fixé, je suis fixé... Et, d'ailleurs, tu m'avais prévenu, la première fois... Tu m'avais dit : « 11 y a deux femmes en moi. » Et tu avais raison, tu avais une clairvoyance admirable... De ces deux femmes l'une était frémissante et pleine de colère sous les coups qu'elle venait de recevoir, et l'autre était celle que j'ai là sous les yeux, tremblante, blessée et douloureuse.

YVONNE

Ah! Je n'aurai plus jamais de chance... c'est fmi, à présent... Quand je pense à ce qui m'est déjà arrivé et je n'ai pas vingt-cinq ans!... Mais c'est naturel, c'est juste en somme. J'ai trop mal commencé ma vie.

SALVIÈRE.

Tais-toi!... tu n'es qu'une enfant... une enfant que je n'abandonnerai pas... Ah! comme j'aurais été fort devant ton inditterence, devant ta colère... Mais devant ta résignation et devant tes larmes,

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