ACTE IV, SCÈNE IX
ça n'est pas grand'chose !... Oh ! je n'espère pas que cette déclaration-là vous touche... mais dites-vous que, si, par hasard, vous n'y étiez pas insensible, vous laisseriez les plus beaux souvenirs de sa vie à un homme qui n'en a fichtre pas beaucoup... Au revoir, chère madame, et excusez-moi, si j'ai abusé de vos instants.
EMMA, Uarrêlanl.
Eh bien, non, monsieur Vérugna, vous n'allez pas partir comme ça !
VÉRUGNA.
Que voulez-vous dire ?
EMMA
Vous venez de me parler méchamment, cruellement, comme si vous pensiez ce que vous disiez.
VÉRUGNA.
Je le pensais fichtre bien!...
i:mma.
Mais non, monsieur Vérugna, vous ne le pensiez pas... Et je vous connais... mieux que vous ne vous connaissez vous-même.
VÉRUGNA.
Ça, par exemple !...
EMMA
Oui!... Vous n'êtes pas l'homme que vous croyez être... Vous vous croyez un forban, un monsieur féroce, prêt à toutes les vilenies pour contenter son bon plaisir...
506 on PERD GAGNE
VERUGNA.
Eh bien! dites donc... !
Vous n êtes pas ça du tout.
VÉRUGNA.
Et qu'est-ce que je suis?
KMMA.
Vous êtes un brave homme.
VÉRUGNA.
Vous allez trop loin.
EMMA
Oh ! n'ayez pas peur, je ne le raconterai à personne... Vous avez fait le méchant, comme ça, pour vous prouver votre force, comme les grands chiens donnent de la voix: mais vous avez ajouté que vous aviez tout de même un cœur, nom d'un chien!... Eh bien! voilà le moment de vous en servir. Vous êtes tout-puissant, vous n'avez qu'à faire un signe. Qu'est-ce que c'est qu'un juge d'instruction à côté de vous?... Vous direz : « Mettez Farjolle en liberté » et on le mettra en liberté... Tenez, monsieur Vérugna, ce qui serait chic, après avoir tiré Farjolle d'atfaire, ce serait de le prendre avec vous, et de le protéger contre i tous les gens qui lui veulent du mal et de faire 1 ça, sans condition, simplement pour relover un * homme qui est à terre et... parce que vous êtes
Vérugna 1 . . .
m-:rugna.
Et après vous me prendriez pour un jobard, hciii ? .lamais je ne ferai ça.
acil: i\', sci;nk i\
EMMA
Allons donc... vous allez le faire!... et tout de suite.
(Elle prend iannunire.)
VÉRUGNA.
Je serais curieux de voir ça !
EMMA. LélêphoHunl.
Le 235-23... et vivement, pour monsieur Vérugna !
VÉRUGNA.
(Ju"est-ce que vous demandez?
EMMA, il VériKjiui.
Le Palais de Justice-.. (Au téléphone.) Monsieur le juge d'instruction Orbier est encore là?... Monsieur Vérugna l'appelle à l'appareil...
VÉRUGNA.
Moi?... Pas du toal!...
EMMA
Tenez... Parlez...
(Elle lui met l'uppareil dans les niuins.
Par exemple !... Hé oui... c'est moi, Vérugna... Ce que je désire?... Vous avez un de mes confrères... FarjoUe... Hein? Mais pas du tout! Vous allez me relâcher ce garçon-là tout de suite ! J'en ai besoin... Pourquoi?... Je l'attache à mon journal... à mille francs par mois... Ah! ce qu'il fera?... Mais, les tribunaux, parbleu!
508 iji 1 PKKi) t;.v(jNE
EMMA
01) 1... monsieur Vérugna!...
VÉRUGNA.
Mais... bonsoir, Orbier. (il raccroche l'uppareit.
Hein! sacrée petite femme! Vous êtes contente... ce crétin de Vérugna s'est couvert de ridicule !... Il a fait tout ce que vous vouliez...
EMMA
Je vous l'avais bien dit!... C'est beau, c'est chic, ce que vous avez fait là!... Et vous prenez FarjoUe avec vous, par-dessus le marché?
VÉRUGNA.
Vous avez ma parole... pas ma parole d'honneur, ma vraie parole... Et celle-là est sacrée!
EMMA
Oh! monsieur Vérugna, je suis trop heureuse!... Quel homme vous êtes! Tout à l'heure nous étions perdus, ruinés... Vous venez, et d'un mot vous transformez tout!... Nous sommes sauvés! nous sommes riches !
VKRUGXA.
Et ce qu'il y a de plus vexant, c'est que vous ne m'en saurez aucun gré!... Moi, Vérugna, j'aurai fait une chose très bien qui ne me rapportera rien, pas même de la reconnaissance!
EMMA
Pouvez-vous croire une chose pareille, monsieur Vérugna! Vous n'avez pas affaire à des ingrats !
ACIi: l\\ S'IKNK X i'iOO
VKHUGNA.
Allons donc... ce serait monstrueux, alors! Mais je suis tranquille... dès maintenant, vous ne pensez plus qu'à votre mari. Il lui faut cinq minutes pour venir du Palais ici... et vous ne tenez plus en place... Dès qu'il sera là, vous lui sauterez au cou. Et moi, je serai comme si je n'avais jamais existe !...
];m-Ma.
Je vous jure...
VÉHUGNA.
Ne jurez pas!... Yoilii votre mari qui revient.