SCENE IV
Les Mêmes, MARESGOT el CÉCILE, i, gamhc: lex nuvrierx. îi droite. Irai\iillnnl, puis LAZARE.
MARESGOT, à Cécile.
Est-ce que l'apprenti est arrivé?
CÉCILE
Non, mon oncle. Mais tu oublies peut-être que tu lui as donné une lettre à porter chez ce député.
MARESGOT.
Chez Montferran?... Mais c'est sur son chemin. Il doit llàner en route, ce crapaud-là, comme toujours.
ci:ciLE.
Tu as besoin de lui tout de suite?
MARESGOT.
Oui, il y a une livraison à faire.
Chez madame Le Grandior.
MARESGOT.
Non. Son Balzac n'est pas encore prêt. Est-ce qu'elle est venue le réclamer?
M.Ti; I, s<:i:m: i\-
CECILE
Pas que je sache. A propos, tu as appris laccident arrivé à son petit garçon?
MARESCOT
Mais non...
CÉCILE
Il est tombé dans la rue, près de chez nous, et sest foulé le pied...
MARESCOT
Tiens...
cÉciLi;.
La tante chez qui madame Le Grandier est venue demeurer, il y a trois mois, était déjà notre cliente auparavant, n'est-ce pas?
MARESCOT
Oh! oui, depuis longtemps.
Elle est bien jolie.
MARESCOT
Qui ça?... La tante?
CÉCILE
Non, madame Le Grandier...
MARESCOT
La jeune dame? Je n'ai pas remarqué.
CÉCILE, - un teiiijjs.
Elle est veuve, n'est-ce pas?
MARESCOT
Mais je l'ignore absolument... (Ju'est-ce que tu
18 l'attkntat
veux que ça me fasse?... Ne nous mêlons pas des atfaires des autres.
CÉCILE
En effet... Ça ne nous regarde pas.
MARESCOT
Cependant, comme ces dames sont nos voisines et nos clientes, on pourrait peut-être faire prendre des nouvelles du petit garçon.
CÉCILE
Oh I sois tranquille, nous en aurons.
MARESCOT
Par qui?
Par Lazare .. oui... Lazare était là quand le petit est tombé. Il a même aidé la bonne à le remonter chez sa mère.
MARESCOT
Il a bien fait... Ah çà ! il est donc déjà sorti ton cousin? On ne le voit pas, ce matin?
CÉCILE
Je crois qu'il se lève. II était très fatigué hier soir : il avait couru toute la journée pour cette place de comptable, tu sais...
-MARESCOT
Oui... oui... fatigué... C'est vrai qu'il a une assez mauvaise mine depuis quelque temps... Un drôle d'air enfin, tu n'as pas remarqué?
CECILE
Si... Il est contrarié. Toujours sans emploi.
si:i';ne iv 19
MARESCOT
Je finirai bien par lui en trouver un. Est-ce que je lui en veux de ne pas travailler? Je sais bien que ce n'est pas de sa faute.
CECILE
Oh ! non.
MARESCOT
Pourquoi alors cet air malheureux? Je n'aime pas les gens malheureux autour de moi. Ça m'irrite comme un reproche, et un reproche que je ne mérite pas.
CÉCILE
Certes non, mon oncle I
MARESCOT, faisant une apparition dans l'atelier.
Ah ! les jeunes gens ! Et surtout les jeunes gens d'aujourd'hui!... A quoi pensent-ils, ces petits bougres-là? Qu'est-ce qu'ils nous préparent? Qu'est-ce qu'ils lisent?... J'ai déjà vu traîner ici,
une ou deux fois... Rentrant ànns h boutique.) C'est
son paletot que tu brosses là?
CÉCILE
Uni.
MARESCOT
Voyons un peu! // fouille dan.s- les poche.'i et en lire une Iirochure qui dépasse légèrement.; Là!... Qu CSt-CC
que je disais?... C'est cet animal de GratVard qui lui prête ra, je parie ! Usant le titre, i L'Anarchie, ^on but, ses moye7is. Je lui dirai deux mots à
celui-là-.. fParcouranl la brochure., Et des notes en
marge, par-dessus le marché, des notes de la main de Lazare! C'est complet! Regardant de pins près.j Ah : bah !
20 l'attentat
CÉCILE
Quoi?
MARESCOT, rianl.
Mais, nom de nom! ce sont des vers!
CÉCILE
Des vers ?
MARESCOT, lisant.
Mon âme a son secret, ma vie a son mystère...
(Parlé.) Oii diable ai-je lu ça?...
( // cnntiniie entre ses dénis, d'abord, puis, plus dislinctement :)
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire. N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.
(Parlé.) Très bien! très bien!... Voilà qui est parlé !... Ah ! j'aime mieux ça !
CÉCILE, à pnrt tristement.
Pas moi !
MARESCOT
Et tant que l'anarchie, son but et ses moyens ne lui inspireront pas d'autres réflexions, il n'y aura pas de mal... Ah! le gaillard!...
(.Apparaît Lazare, en haut de l'escalier.) LAZARE.
Bonjour, père !
MARESCOT
Bonjour, liston! Comment vas-tu, ce matin?