ACTE IV, SCHNE IX
qui avez tant de talent ; vous, dont l'éloquence n'a pas encore trouvé l'occasion de briller dans une affaire retentissante, comment ne sentez-vous pas qn'il y va de votre avenir, que tout le pays a les yeux sur vous ! Vous avez à défendre les pires ennemis de la société : quel rôh; magnifique pour un avocat !
MAITRE BURETTE
Il n'y en a pas de plus ingrat.
MONTFERRAN.
Ingrat?... L'anarchie?... Mais vous pouvez édifier là-dessus une plaidoirie admirable!
MAITRE BURETTE
Aux dépens de mon client.
MONTFERRAN.
Mais pas du tout. A côté de la règle, vous montrerez l'exception. 11 y a dans l'anarchie une part d'utopies généreuses. Vous citerez des exemples bien choisis, de tout repos. . . Je vous les indiquerai. Ainsi vous ne rabaisserez pas votre cause aux mesquines proportions d'un fait divers... Allons donc ! Burette, vous valez mieux que cela...
MAITRE BURETTE
Hum!
MONTFERRAN.
Quant à l'acquittement de votre client, je m'en charge. J'en réponds. Je le demanderai moi-même
au jury... (A maître Buvette et à Bizol, qu'il adjure tour à tour de son bras libre et de son bras qui s'oublie, hors de
l'écharpe:) Et maintenant, Burette, et maintenant, Bizot, je ne vous parle plus ni de moi, ni de
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vous!... Je passe par-dessus mon inte'rêt personnel, ça m'est ég-al, j'en ai fait le sacrifice !... Je vois plus haut. Je vois le pays ; je vois ce quil attend de nous tous, et je vous dis : « En vous laissant aller à des scrupules sans grandeur, à des mesquineries que la gravité de la situation ne comporte pas, je ne sais pas si vous ferez de la politique, je ne sais pas si vous ferez de la justice, mais ce dont je suis sûr, c'est que vous porterez un coup mortel à la République!... f a sa femme. j
Viens chère amie... (Il rentmine. Bizot et Burette se regardent en hocliani In léle. Monlferran, au seuil de la porte.
se retournant:) Réfléchissez, Rizot, réfléchissez!