ACTE I, SCÈNE VI
MArnicE.
Comment donc ! . . . Paris n'est plein que de votre nom!...
LIMERAY.
Je vais aller droit au but, comme c'est mon habitude... Voulez-vous vous charger de mes intérêts?.,.
MAURICE
De votre défense?
LIMERAY.
De ma défense.
MAURICE
Je vous répondrai avec la même netteté : ça m'est tout à fait impossible.
LIMERAY.
Vous refusez?
MAURICE
Oui... Mais ne voyez là dedans rien qui vous soit personnel. D'abord, j'ai un gros travail en train et je ne compte pas reparaître au barreau d'ici à longtemps peut-être... Ensuite, et c'est ma meilleure raison, je ne suis pas assez ferré sur les questions financières...
LIMERAY.
Mais tant mieux!... Mon procès n'est pas un procès financier, c'est un procès politique. Je ne connais pas vos opinions politiques...
MAURICE
Moi, non plus.
LIMERAY.
Parfait, nom d'un chien 1... Nous avons les mêmes! Vous êtes mon homme... Dans mon aiïaire, savez-vous ce qu'il faut ? De la bonne humeur et, par-ci par-là, de l'émotion, pas autre chose!... Or, vous avez ces deux qualités au dernier point. Je vous ai entendu plaider — pour
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ce monsieur qui avait lire des coups de revolver sur sa femme, Ghaniraine — et j'ai toujours pensé : « Si jamais c'est mon tour, je m'adresserai à lui... » Parce que, sous aucun prétexte, je ne veux de ce qu'on appelle un avocat d'alïaires qui assommera les jurés avec des chiffres, ou d'un avocat politique, comme Plantin, qui ne s'occupera pas de moi, mais du ministère.
MAURICE
Dame! vous n'avez guère le choix... Votre affaire est assez sérieuse...
LIMKRAY.
Mais non, sacrebleu !... et voilà justement... Elle n'est pas sérieuse, mon affaire, elle est bouffonne, comprenez-vous? boufTonne! Comment, depuis quinze ans, je suis le plus grand financier de Paris! j'ai la confiance universelle! tout le monde m'apporte des capitaux! J'ai une situation unique ! Et tout d'un coup, parce qu'il plaît à un monsieur d'interpeller, je deviens un malfaiteur du jour au lendemain! Ce qui était confiance devient abus de confiance ! On force mes actionnaires à déposer des plaintes ! Des gens qui n'y ont jamais pensé! Et tout cela sans que j'aie changé un iota à ma ligne de conduite ! Sans que j'aie fait d'autres opérations que celles que j'avais faites jusqu'à présent! Alors, je ne comprends plus?...
Ni moi !
LIMERAY.
Et, décidément, vous refusez toujours de vous charger?...
MAURICE
Toujours.