SCENE VII MAURICE, MARIANNE
MARIANNE
Comment, tu as refusé?
MAURICE
Je crois bien.
MARIANNE
Tu as refusé de pbiider pour Limeray! pour Limeray ! Et pourquoi ?
MAURICE
Je ne suis pas assez sûr de le faire condamner.
MARIANNE
Sois sérieux!... Je comprends, à la rigueur, que tu ne veuilles pas plaider de petites affaires de rien du tout. Nous n'en avons pas besoin... c'est parfait. Mais renoncer à une affaire retentissante!... passionnante!... dont les journaux sont remplis! que tous les avocats se disputent
ACTi: I, scicNt: vu
et qui tarrive, à toi, par miracle! Ça, alors, je ne comprends plus!... Es-tu avocat?... Oui ou non?...
Non... Je veux dire qu'on n'est pas avocat parce qu'on a fait son droit et qu'on a plaidé, en dix ans, trois ou quatre causes insignifiantes...
MARIANNE
Insignifiantes!... Tu appelles Taflaire Chantraine une cause insigniliante ! Tais-toi donc! Ta j)hiidoirie était délicieuse et elle a fait le tour de Paris, tout bonnement!...
MAURICE
On fait toujours une bonne plaidoirie sur ladultère... ça ne prouve rien. Hélléchis donc. Tu voudrais qu'à mon âge je me misse à aller au Palais tous les matins, à étudier des procès qui ne m'intéressent pas, à faire un métier très dur pour lequel je n'ai aucun goût ni aucune disposition?... mais certainement, aucune disposition... Pour être un avocat qui compte, il faut une pratique, une persévérance, et môme un talent que je n'ai pas !...
MARIANNE
Tu n'as pas de talent comme avocat ?
MAURICE
Pas l'ombre !...
MARIANNE
Voyons! voyons! ne sois pas bète.
MAURICE
On n'est pas bète parce qu'on est un mauvais avocat... Ça peut arriver à tout le monde. Il y a des gens très intelligents qui seraient incapables de faire acquitter un malfaiteur.
17H i.'ADXiinsAiiti:
MARIANNE
11 n'y a pas que des malfaiteurs h défendre.
MALItlCK.
Oui... oui... les veuves et les orphelins. En dix ans, je n'ai plaidé qu'une fois pour un orphelin, et encore ne l'était-il que parce qu'il avait tué son père et sa mère !..
MARIANNE
Alors, ce que tu m'as dit déjà plusieurs fois, ce n'est pas une plaisanterie?... Tu renonces au barreau?...
MAURICE
J'y renonce, et puisse mon exemple entraîner beaucoup de mes concitoyens !
MARIANNE
Et qu'est-ce que tu vas faire? A quoi vas-tu l'occuper? Oui... je sais... tu écris, soi-disant, un livre d'histoire, tu apprends l'anglais et l'allemand, et tu achètes des bibelots... Tout ça, c'est très gentil, mais il n'y a pas de quoi remplir une existence. Il n'est pas possible qu'un garçon de ta valeur n'ait pas une ambition plus haute.
MAURICE
J'aime mieux n'être rien qu'un ambitieux encombrant et médiocre. On n'est pas obligé d'être un grand homme : c'est déjà très joli d'être un homme.
MAUIANNi;.
Tiens! tu devrais faire de la politique.
MAURICE, surs;,iilant.
Ah bien ! il ne me manquerait plus que ça !
MARIANNE
Attends avant de crier... Madame Bréautin