ACTE m, SCENE VI
MAURICE
Eh! ce n'est pas ce que vous m'avez dit. C'est le reste! C'est la suite! C'est tout!
CHAXTRAIiNE.
Gomment! Vous en êtes là?...
MAURICE
Hé oui ! mon ami, j'en suis là ! Moi qui ai toujours eu horreur du soupçon, qui n'ai jamais pu le conserver en moi, qui n'ai jamais même soupronné une maîtresse — je m'en rapportais à la destinée avec insouciance — cette fois, j'ai le soupçon, là, et bien enfoncé! J'ai commencé par en rire, suivant une méthode qui m'avait réussi jusqu'à présent. Et maintenant, je n'attends peutêtre qu'une occasion pour en pleurer... Etiez-vous soupçonneux, vous?...
CIIANTRAIXE.
Je n'ai jamais eu le temps. Je me suis toujours aperçu très vite...
MAURICE
Est-ce de la jalousie ordinaire de mari que j'éprouve? la jalousie qui fait suivre une femme, écouter aux portes, épier des correspondances! J'en suis incapable. Non, ce n'est pas cela, c'est une espèce de curiosité douloureuse... oui, très douloureuse... où il y a de la colère, de la honte et de la i)eur! Et j'en suis arrivé à me dire : il est impossible que Marianne m'ait trompé avec aucun de ceux qui lui ont fait la cour autrefois, mais il n'est pas impossible qu'elle me trompe avec Langlade !
CHANTUAINE.
Avec Langlade ! Mais c'est absurde ! c'est absurde.
256 l'adversairk
Il esl bien, ce garçon-là... Il est séduisant... distingué... Comme amant, il n'y a pas mieux!... Oli! évidemment, rien ne le prouve, rien, rien 1... Ils se regardent, ils se parlent le plus naturellement du monde... Je les observais tout à l'heure... Mais ça. n'est-ce pas? nous savons ce que ça vaut!... Hein, Chantraine ! vous voyez dans quel état je suis? C'est charmant 1
CHANTRAINE.
Que le diable !...
MAURICE
Quand aurait-elle fait ça?... Quand?... Uh ! si elle Ta fait, c'est après cette soirée... A ce momentlà, oui, elle était exactement dans cet état de révolte, d'égarement, d'aberration oii les femmes font un coup de tête !...
CHANTRAINE.
Les femmes comme la mienne... Il ne faut pas comparer...
MAURICE
Eh ! mon cher, il y a une minute où toutes les femmes se ressemblent : c'est quand elles tombent... Mais sacrebleu ! je saurai... et aujourd'hui!... Ma parole, je me deviens odieux à moinaème ! il est temps que ça finisse. Ils sont ici tous les deux : je leur arracherai bien la vérité à l'un ou à l'autre !
CHANTRAINE.
Et s'il n'y a rien, comme c'est certain?
MAURICE
Eh bien! je saurai qu'il n'y a rien! Mon cher, je crois aux maris aveugles, je crois aux maris complaisants, je crois aux maris à qui c'est égal, je crois à ceux qui en meurent, je crois à ceux qui