ACTE 1, SCKNE IV M
HKRBELIN.
Je la connais parfaitement. Elle est ici en effet depuis huit jours environ. C'est la sœur de monsieur Jantel, madame Audry. la veuve de monsieur Audry qui était conseiller à Paris. Elle habite chez son frère... C'est une femme absolument charmante... d'une élégance, d'une distinction ! . . .
PIÉGOIS.
J'ai voyagé tantôt avec elle... Elle est montée dans notre compartiment, à l'embranchement d'Orthez.
HEHBELIN.
Oui, elle était allée à Orthez voir une gouvernante que je lui avais recommandée.
PIHGOIS.
Ah çà ! Herbelin. vous vous faufilez donc partout ?
HERBELIX.
Ce n'est pas comme vous qui n'allez nulle part, et qui vivez comme un sauvage!... Vous vous cantonnez trop dans votre affaire, combien de fois vous lai-je dit? Vous négligez trop certaines relations, certaines influences... Un homme comme vous peut arriver à tout, à notre époque. Vous n'êtes donc pas ambitieux?... Moi, à votre place, je le serais follement.
PIHGOIS.
Mais vous, Herbelin, vous n'êtes pas un sage.
IIEBBELIN.
Je voudrais jouir de la vie plus que vous... Je voudrais avoir des maîtresses... Je sais bien, vous en avez une... je voudrais en avoir dix!
.'M2 MONSIEI I! l'iÉGOIS
PIKGOIS.
Bigre 1
lIEIiBKLIN.
C'est une façon de parler... Au fond, vous êtes plus bourgeois que moi, c'est vrai. J'entends dire souvent : « Ce Piégois, en voilà un qui a eu une existence mouvementée ». J'ignore si vous avez eu une existence mouvementée, vous ne me l'avez jamais racontée, maisj'ai envie de répondre : « Piégois est un simple bourgeois, pas autre chose... Il finira à la campagne... » Un louis contre cinq que vous êtes bachelier?
PIKdOIS, souri.trit.
Je le suis.
IIERBELIN.
Moi, pas.
PIÉGOIS. l'a vers le cercle et interroge à voix basse le croupier qui se trouve sur La pUiLe-l'orme, puis à Ilerbelin.
Vous disiez que les Jantel?
IIEHRELIX.
Ah! oui... j'ai dîné chez eux hier soir... Nous avons fait un poker...
PIÉC.OIS.
Vous jouez le poker, Herbelin?
HERBELIN
Je l'ai appris cet hiver... Si l'on m'avait dit ça, il y a cinq ans ! . . . Vous pouvez vous vanter d'avoir fait une révolution dans le pays. Figurez- vous que nous avons joué jusqu'à trois heures du matin.
PIÉGOIS.
Oh !... Et qu'a dit madame Herbelin?
HERBELIN
Ma femme?... Elle m'a demandé si j'avais