‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 4)Chapitre 210 sur 289 · SCENE VI PIÉGOIS, LEBRASIER · texte numérisé non relu

SCENE VI PIÉGOIS, LEBRASIER

LEBRASIER.

Je n'en reviens pas !... C'est toi, Piégois, le directeur du casino, le propriétaire de toute la ville!...

PIKGOIS.

Tu exagères...

LEBUASIER.

Mais non, on nentend parler que de toi, ici 1 Si on veut louer une villa, elle tappartient ! Sur tous les terrains on voit une pancarte avec ton nom. « S'adressera monsieur Piégois » et « monsieur » en toutes lettres !... A l'hôtel, on m'a demandé : « Avez-vous un mot de monsieur Piégois?... » Et comme je n'avais pas un mot de toi, on m'a fait coucher sur un fourneau, c'est admirable !... Eh bien, mais tu en as fait un drôle de chemin depuis le jour où je suis allé te voir dans celte petite chambre, rue Xotre-Dame-de- Lorette... sous les toits !... Ah ! tu étais décavé, à ce moment-là !...

PIÉGOIS.

Tellement décavé que je t'ai emprunté cent sous, et je suis même entrain de me rappeler que je ne te les ai jamais rendus.

LEBHASIKH.

Je ne te les réclame pas.

PIÉGOIS.

Les voici. Je te demande pardon de te les avoir fait attendre si lonvlemps.

320 MONSIKl.It PlKliOlS

LEBRASIER.

Si Ton m'avait dit que je rentrerais un jour dans ces cent sous-là!...

PIK(.OIS.

Tout arrive... Ce bon Leljrasier !... Tu ne peux pas te figurer comme je suis content de te revoir!... A propos, tu as envie de la villa des Coccinelles ?

LEBRASIEU.

Deux petites pièces seulement, si ce n'est pas trop cher.

PIÉGOIS.

Tu badines. Toute la villa est à toi, pour toute la saison. Je te la prête, tu es mon hôte.

Non, non, je ne veux pas.

PIÉGOIS.

Ça me fera plaisir, c'est l'intérêt de tes cent sous... Et pas de scrupules, tu me désobligerais.

LEBRASIER.

A ce point de vue, j'accepte... C'est toi qui me loges maintenant, c'est très curieux... Je suis stupéfait !.... si tant est qu'on puisse être aujourd'hui stupéfait de quelque chose...

PIÉGOIS.

Ah çà ! et toi ? Donne-moi un peu de tes nouvelles !... Tu es encore à l'Assistance publique?

LEBRASIER.

Quand on est là dedans, c'est pour la vie... La seule différence, c'est qu'autrefois j'étais sous-chef de bureau, et qu'aujourd'hui je suis chef de

Page 1