‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 4)Chapitre 256 sur 289 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

piKGOis, nivM{iF;rn-:, puis .iaxtkl.

IIEN'RIETTI-;. des jiiiinian.i- .i lu iiiuiii. :ipcrii'r;tni Pii'ijDis.

Ma belle-sœur est sortie?

PIKCIOIS.

Non, madame... Mais elle vous prie de l'excuser... Elle a un peu de migraine et s'est retirée dans sa chambre... Ah! je suis obligé de partir tout à l'heure, pour Paris, avec monsieur Jantel...

IIKNHIKTÏE, iHtinnre.

Avec mon frère?... Tiens.

PIKGOIS.

Oui... au sujet de cette construction. Ce qui fait que je n'aurai pas le plaisir de vous accompagner demain.

HENIUETTi;.

Ça se trouve à merveille.

PIKGOIS.

Mais le propriétaire de la Malène se mettra entièrement à votre disposition...

IIENIUKTTK.

Ce n'est pas pressé.

;W2 MONSiErn piégois

PIKGOIS.

D'ailleurs, nous serons revenus dans quelques jours... et, si vous le voulez...

HENRIETTE

Nous avons tout le lemps.

PIÉGOIS, soiii-ianl.

J'espère que vous ne partagez pas les craintes de Lebrasier ?... Vous ne serez pas reçue à coups

de fusil... (Sur un silence (rilenrielle:) Il n'cst paS revenu avec vous, Lebrasier?

HENRIETTE

Vous le retrouverez au casino.

PIÉGOIS, iijirèx un temps.

Oserais-je vous demander, madame, s'il ne vous a pas dit trop d'abominations sur mon compte ?

HENRIETTE, sèchement.

Non, monsieur. Pourquoi l'aurait-il fait? En tout cas, cela n'a pas grande importance.

PIÉGOIS.

Evidemment, madame. Mais puisque Lebrasier vous a parlé de moi, je préférerais savoir qu'il ne l'a pas fait d'une manière trop désobligeante... C'est une curiosité toute naturelle.

HENRIETTE

Je crois bien. Que votre curiosité soit donc satisfaite ! Il m'a dit que vous aviez été autrefois, à l'école, des amis intimes, qu'il vous avait perdu de vue pendant longtemps et vous avait retrouvé l'autre jour, à son grand étonnement et à sa vive satisfaction... C'est tout... J'ajoute, si cela peut vous être agréable, que j'aime peu me mêler aux histoires privées, aux potins, à la médisance, et

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que je les écoute ordinairement d'une oreille fort distraite. Il est si délicat déjuger les gens d'après les propos de leurs amis 1 Pour ma part, je pense que chacun conduit sa vie dans la direction qu'il préfère, à ses risques et périls. Et ce n'est que contrainte et forcée que je me permettrai de juger qui que ce soit.

PIÉGOIS.

Cette absence de jugement est d'une grande sévérité.

HENRIETTE

Tiens 1 En quoi?

PIÉGOIS.

Je ne crois pas que nous soyons, autant que vous le dites, maîtres de conduire notre existence avec cette fermeté et cette décision. A l'origine de chaque destinée, il y a des forces obscures qui agissent sur elle et la dominent, la poussent dans telle ou telle voie.

HENRIETTE

C'est une théorie très commode, car si le hasard et des forces aveugles sont les maîtres de notre existence, c'est qu'alors nous ne sommes pas plus responsables de nos actes que de nos rêves. Et la vie ne devient plus quune bagarre sans pitié où des gens furieux se heurtent les uns contre les autres, se piétinent comme des bêtes... Non, non, c'est tout de même un peu plus noble que ça, la vie, franchement. Laissez-moi croire, ne serait-ce que pour le genre d'éducation que je veux donner à mon fils, qu'il y a des responsabilités et des devoirs sur lesquels tous les gens dune certaine... moralité sont d'accord...

PIECiUlS, uvec un mouvement.

Oui... oui... c'est vous qui avez raison... Uh !

n iMi:(.ois

VOUS êtes dans le vrai, vous êtes dans le vrai... Mais enfin... vous parlez comme une personne qui a vu clair tout de suite autour de soi, dont l'àme n'a jamais été bouleversée, qui a vu les choses s'arranger dans l'ordre et la refoula ri té do la famille. Vous n'avez pas eu de luttes à soutenir. Vous n'avez connu ni la tentation, ni l'imprévu, l'imprévu qui entre tout d'un coup dans la vie et la retourne de fond en comble!... J'ai été, moi...

IIKMilKTTK, l'inl,-rr(,nii>.uit.

Je ne vous demande pas ce que vous avez été... Ne continuons pas, je vous en prie... Notre conversation va beaucoup trop loin, vous ne trouvez pas? Elle s'aventure dans des considérations personnelles qui sont sans intérêt pour vous, ni pour moi... Je ne veux répondre qu'un mot au reproche plus ou moins voilé que vous m'adressez de manquer d'indulgence.

PIÉGOIS.

Oh!

hI':niui-;tte.

Si! si! Permettez-moi donc, à mon tour, de vous dire que vous parlez, vous, comme si vous n'aviez connu que des surprises tragiques ou de l'amertume, comme si vous étiez une victime de la vie. Mais, au contraire, vous êtes riche... puissant... entouré d'attentions et de ilatteries... Tout paraît vous avoir réussi... De quoi êtes-vous en droit de vous plaindre?... Arrêtons-nous, voulez-vous? Nous avons ébauché tous les deux nos petites opinions sur de bien graves sujets... Nous n'en viendrons jamais à bout... Adieu, monsieur... (Prenant les journaux.) Je vais regarder ces portraits et je vous souhaite un bon voyage...

ACTi; ir. S(:i:m, \iii

:vj:i

PIKGOIS.

Oh! je devine! Et je sens bien à votre ton, à votre regard, que jamais plus, maintenant, je ne me retrouverai seul avec vous... que vous me fuirez, que vous m'échapperez toujours.

HENRIETTE, arec un inotiraiiwnl.

Qu'est-ce que ça veut dire?

PIÉGOIS.

Il y a des choses que je veux savoir, pourtant!... Oui, je veux savoir ce qui est possible. Vous avez pris sur moi trop d'influence... Ma vie, aujourd'hui, dépend de vous... Je suis, depuis que je vous connais, un autre homme, avec des pensées nouvelles sur les choses, sur les êtres et sur moi-môme !... Je me croyais sûr de moi, sûr de mon caractère et de mon cerveau; je vous ai vue, j'ai passé près de vous, et je ne suis plus qu'un homme allolé... Je ne sais plus où je vais... je ne sais plus... Je suis en pleine tempête et en plein désarroi, plus isolé, plus incertain qu'aux pires heures de mon existence!... Un mot de vous peut briser autour de moi ce que j'ai établi en tant d'années. Je suis redevenu, aepuis que je vous aime, l'homme que j'étais autrefois, timide et inquiet, avant que les luttes de la vie m'aient donné de l'audace. Enlin!... dans mon esprit et dans mon cunir... c'est le désordre... c'est le

désordre... llenrieHc s'éloiçfne et va pour xorlir.) Ne VOUS

en allez pas, répondez-moi... je vous en conjure

Fâ si je dois soullrir, que je sache au moins pourquoi !

lUi.NUULTTE.

Non, monsieur, non, je ne peux pas vous lépondre... Je n'ai rien à vous répondre... Je ne tn attendais pas à une déclaration que rien de ma

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part n'a provoquée... N'insistez donc pas, monsieur, je vous en prie... Eloignez-vous...

PIÉGOIS, .tupplhtnl.

Oh! ne prononcez pas le non délinitii" et sans espoir!... Réfléchissez... réfléchissez que mon amour est d'un désintéressement absolu!... En dehors de mon amour, je ne fais aucun calcul... ni de vanité... ni d'ambition... .le ne cherche pas même l'entrée dans un monde qui n'est pas aussi fermé, peut-être, que vous le pensez... Je ne veux et ne cherche que vous, vous seule ! Alors, ditesmoi que je peux espérer encore! qu'il peut se produire dans l'avenir quelque chose , quelque chose que j'ignore et qui changera votre résolution!

IIKNUIEÏTE.

C'est impossible... Ce qu'il y a dans l'avenir, je l'ignore comme vous. Je ne connais que mes sentiments actuels, qui sont très nets. Oh! je ne conteste pas votre désintéressement. Je sais même ce qu'il y a de... généreux dans votre caractère et aussi que vous avez plus... de mérite véritable, d'élévation de pensée, que beaucoup ne se l'imaginent. Mais j'ai pris une résolution qui ne peut pas changer... Comprenez-le. Ne me forcez pas !...

PIÉGOIS.

A quoi?

HENRIETTE, — un temps.

A rien.

PIÉGOIS.

Ah ! je sais bien que vous ne me dites pas le fond de votre pensée, que vous ne me dites pas la vérité, ni les raisons que vous avez de m'enlever toute espérance, même légère, même lointaine, les autres raisons, les vraies !

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