‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 4)Chapitre 283 sur 289 · I.ElîRASIEH · texte numérisé non relu

I.ElîRASIEH

Mais pas du tout.

PIÉGOIS.

Ces dames savent parfaitement que tu n'as pas

\'M MONSIKIM l»IK(.OIS

encore l'usage de leur monde et certaines manières que tu finiras par acquérir.

Mais non, je ne les acquerrai jamais. Il faut avoir été élevé là dedans! Toi, parbleu! ça t'est égal que j'aie l'air gourde. Tu es à ton aise, tu sais parler, tu es instruit, tu as le beau rôle... Tiens ! jamais la distance qu'il y a entre nous deux ne m'a paru aussi grande que depuis que je dois être ta femme. Et si tu crois que je m'exposerai à ça encore une fois et que j'irai à ce dîner!

PIÉGOIS.

Ce serait absurde de ne pas y aller.'

EMMA

Jamais de la vie, par exemple ! Je serais fraîclie avec les deux jeunes filles... Je crois qu'elles s'en payeraient un peu, ces deux gosses, hein, Lebrasier? et comme je les comprendrais, d'ailleurs!

PIÉGOIS.

Voyons, est-ce que madame Jantel et madame Audry n'ont pas été très cordiales avec toi, et très bonnes filles ?

E.MMA.

Très bonnes filles, mais pas de la môme façon que moi. Il y a des nuances, et des coups d'œil... des coups d œil surtout...

PIÉGOIS.

Qu'est-ce que ça veut dire ?

EMMA

Ça veut dire que tu aimes encore cette femme et que tu m'épouses de rage, parce qu'elle ne veut pas de toi. Et tu ne m'as présentée à elle que pour la narguer et pour la rendre jalouse !

ACTK III, SCKNE X 430

PIKGOIS.

Tu te trompes et tu es injuste, car ce n'est pas moi qui ai eu l'idée de vous présenter. C'est elle... oui, c'est elle qui a désiré te connaître... et moi, je m'y suis d'abord opposé de toutes mes forces...

EMMA

Tu l'as donc vue? Quand l'as-tu vue?

PIKGOIS.

Mais... un peu avant que tu n'entres.

EMMA

Tu as causé seul avec elle?

PIÉGOIS.

Quelques instants.

EMMA

Alors, c'est encore plus triste pour moi, car si elle a voulu me connaître, c'est qu'aujourd'hui elle t'aime... Et comme tu l'aimes aussi, et qu'elle est libre, aucune puissance humaine ne vous empêchera de vous réunir, et surtout pas moi, pauvre fille!...

l'IÉGOIS.

Madame Audry et moi ne serons jamais que des amis ou des camarades. Crois-le, ou ne le crois pas, ru m'est égal! Fais toutes les suppositions que tu voudras, je n'y puis rien...

EMMA

Des amis ou des camarades, vous deux ! Tu me crois donc bien naïve!... Entre vous dcu.x, veux-tu que je te dise? il n'y a plus qu'un obstacle, c'est moi ! Tu ne t'en rends j)eut-<'''ire |)as compte toimême, mais tu ne m'épousais que pour te faire aimer de celle femme... Puisque ça y est maintenant, tu n'as plus besoin de moi...

440 MONSIEl'lî PIKOOIS

PIÉGOIS.

Arrêtons-nous, veux-tn? Nous finirions par nous dire des choses blessantes... J'ai deux ou trois personnes à voir. Attends-moi ici, je te retrouve.

(Il sort.)

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