SCENE X THÉRÈSE, MADAME DE LA BAUDIÈRE
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Vous avez terminé, dites-vous?
Oui, nous avons signé.
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Signé... Quoi?
THÉRÈSE
Uii sôus-seinp:.
MADAME DE LA BAUDIÈRE. vivement.
Un sous-seing privé? Vous avez déjà signé un
sous-seing privé?... (Avisanl le papier resté sur la table.
Ah! le voici... Et sans indiscrétion, peut-on savoir?
THÉRÈSE
Oh! faites, madame, ce n'est pas un mystère.
MADAME DE LA BAUDIÈRE, lisant le sou.i-seing, puis avec éclat.
Trois cent mille francs!... Et c'est signé!... Vous avez vendu trois cent mille francs!... Ah! c'est fabuleux!... Je n'en reviens pas... Qui a rédigé ce sous-seing?
THÉRÈSE
C'est monsieur Jossan.
MADA.ME DE LA BAUDIÈRE.
11 est très bien fait, il n'y a pas d'erreur... (Se contenant. j Mcs complimcnls, ma chère, mes plus sincères compliments. Je me croyais forte en affaires, je n'arrive pas à votre cheville.
84 LA ciiatklaimî:
TllÉliÈSi;.
Je n'ai pas eu besoin de grande iiabileté, je vous assure... J'ai mrme fait part à monsieur Jossan de quelques scru})ules que j'avais.
MADAME DE LA BAUDIÈHE
Eh bien ! mais, ma chère, vous n'avez plus qu'une chose à faire maintenant, c'est de vous réconcilier avec votre mari.
THÉRÈSE
Moi ?
MADAME DE LA BAUDIÈHE
Vous voici, par un concours de circonstances un peu providentiel, à la tète, je ne dis pas d'une fortune, mais d'une somme inespérée. Votre mari et vous, vous étiez absolument ruinés; c'est cette ruine qui était la cause principale de votre séparation.
THÉRÈSE
Mais non, madame... la ruine m'eût été indifférente avec un homme que j'aurais aimé ou qui simplement ne m'aurait pas trahie d'une aussi atroce fa(^on.
MADAME DE LA BAUDn';RE.
Il faut oublier tout cela.
THÉRÈSE
Jamais !
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Il faut VOUS réconcilier avec Gaston, il le faut, je vous le jure. C'est indispensable. C'est votre devoir, oui, votre devoir. Avec la somme dont vous disposez aujourd'hui, votre mari peut rétablir sa fortune.
THÉRÈSE
Il peut surtout continuer à entretenir sa maîtresse.
ACTK II, SCLNK X 8.')
MADAME DK LA BAUDIÈRi:.
Ne persistez pas dans des résolutions intransigeantes, je vous le conseille. Vous êtes étonnante, vous savez. Mais vous n'êtes pas encore divorcée. Et tant que le divorce n'aura pas été prononcé, votre mari reste le chef de la communauté. Vous lui devez compte de vos actes... Réconciliez-vous donc avec lui, et tout de suite. C'est la meilleure façon, c'est la seule de faire taire la médisance et d'empêcher les gens de jaser.
THÉRÈSE
Jaser! Qui?... Jaser!...
MADAME DE LA B.\UDIÈRE
Comment! Vous rencontrez un monsieur que vous n'avez soi-disant jamais vu! Vous causez une demi-heure avec lui et vous lui vendez trois cent mille francs une masure qui n'en vaut fichtre pas la moitié. Et vous ne voulez pas qu'on en parle? De quoi parlerait-on alors?
TIIKHKSE.
C'est vous! Comment, c'est vous qui me parlez sur ce ton! Vous qui me connaissez, qui devriez être aussi heureuse que moi de ce qui m'arrive! Je vous prie de me dire ce que cela signifie, de me le dire nettement et tout de suite.
MADAMi; DE LA DAI DIKI'.K.
Oui, oui, certes, je vous connais, mais je connais aussi le monde. Monsieur Jossan est un homme des plus compromettanls, il est immensément riche...
THÉRÈSE
Madame, quand on a, comme je lai, l.i ccrlilude d'èlre une honnête femme, on n'a pas souci de ces malpropretés.
86 i.A ciiAiioiAiNi;
MADAME DE LA BAUDIÈRE
L'honnêteté d'une femme, c'est l'opinion qu'on a d'elle. Je vous ai indiqué votre devoir. Vous le ferez, ou vous ne le ferez pas, à votre aise.
(Entrent Clotilde et La liaiidière.)