SCENE Vin
GASÏOX, tiii<:rèse.
GASTOX.
J'apprends votre arrivée...
THÉRÈSE
Je tenais à embrasser Jacques avant de le quitter. Vous comprenez cela, n'est-ce pas? Je l'embrasserai même encore tout à l'heure, si vous
n'y voyez pas d'inconvénient. (Gaston Itausse lénère-
nient les épaules.) lîassurcz-vous, je ne vais pas l'enlever et le conduire à Sauveterre... 11 finirait par être un peu ahuri, cet enfant.
140 I.A CIIAiia.AINF:
GASTON
N'ayez donc aucune inquiétude à ce sujet.
THÉRÈSE
Je suppose que vous voudrez bien m'en donner des nouvelles de temps en temps.
GASTON
Autant de fois que vous le désirerez.
THÉRÈSE
Je vous ai apporté des effets pour lui et du linge... Hier, comme vous étiez très pressé, vous n'avez pas songé à ces détails... 11 n'a même pas de pardessus... ce petit.
GASTON
Je vous remercie.
A tout hasard, j'ai amené Marianne, dont il a l'habitude. . . Je n'ai pas de conseils à vous donner, vous vous entendez certainement mieux que moi à soigner les enfants, mais à votre place, je garderais Marianne. Vous avez des affaires, des occupations, vous ne pouvez pas toujours rester avec votre fils. Une femme dévouée vous sera très commode.
GASTON
Je ne crois pas que Marianne soit aussi dévouée que sa mère. Enfin, n'en parlons plus.
THÉRÈSE
N'en parlons plus, comme vous dites.
GASTON
Je ne vous ferai pas réintégrer le domicile conjugal par la force armée.
ACTi: n-, sckm; viii 141
THERESE
Ce serait, en effet, la seule force qui pourrait me le faire re'intégrer aujourd'hui.
GASTON
Je laisse à votre cliarge les conséquences de tout cela.
THÉRÈSE
Je les supporterai, quelles qu'elles soient, résolue et tranquille dans ma conscience. J'aurai avec moi tous les gens qui ont la raison saine et un bon cœur. Hier, j'ai failli être à votre merci sous le coup d'une émotion, d'une douleur foudroyante. Je vous ai échappé, c'est fini.
GASTON
Vous alliez partir!... Vous alliez me suivre, comme vous le deviez!... C'est cet homme qui vous en a empêchée, je le sais!
THÉRÈSE
Je ne vous répondrai jamais, quand vous me parlerez de lui.
GASTON
Eh bien! il me répondra lui, je vous en donne ma parole !
THÉRÈSE
Qu'est-ce que vous allez faire encore? Qu'est-ce que vous allez faire ?
GASTON
Vous le verrez.
THÉRÈSE
Est-ce que vous allez vous battre? 11 ne vous manquerait plus que ça, par exemple!
GASTON
Je veux faire sa connaissance à ce monsieur, car enfin, je ne le connais pas.
1 f2 I A I MA 1 1 I Al m;
Oh!
GASTON
Mais n'ayez donc pas peur pour lui'.... Il est très fort à toutes les armes, il est très courageux, il s'est battu dix fois... il est beaucoup plus fort que moi!... C'est lui qui me tuera, soyez tranquille! Tenez, voilà une chose qui arrangerait tout. Votre enfant serait bien à vous, à vous seule, vous en feriez ce que vous voudriez! Et c'est aussi sûr que nous sommes ici tous les deux, j'aurai beau me défendre, je serai battu, je le sais. Je serai vaincu comme je l'ai toujours été dans la vie, comme je le serai toujours... H vaut donc mieux en finir tout de suite. Puisque j'ai fait des fautes, puisque j'ai causé tant de malheurs, il est juste que je sois puni, n'est-ce pas ? Je le serai. Tant mieux!
TllKHÈSK.
Gaston, je vous en supplie, ayez une seconde
de raison Vous vous rendez malheureux, vous
vous torturez!... Mais je ne vous déteste pas!... Jamais il n'est entré dans mon cœur de la haine contre vous!... Je ne veux pas que vous vous battiez ! Je ne veux pas que vous soyez tué !
GASTON
Voulez- vous partir avec moi? Voulez-vous me suivre?
THÉRÈSK.
Non!
GASTON
Alors, laissez-moi.
(Il fait un pa^. Entrent Lu Baudière, puis Jossan.)