SCÈNE IV LA HAUDlftllE, CIIARI.IÎS DE MÉRAY
LA BAUDIÈRE.
Mon bon ami, je me doute de ce que vous allez me dire.
DE MÉRAY
Tant mieux, monsieur de La Baudière, tant mieux !... Et ah^rs?...
LA BAUDIÈRE.
Et alors... el alors... voici... Ce ne sera pas commode.
DE MÉRAY
Oh! mais j'aime Lucienne, je rjiime, je vous jnre.
Asseyez-vous doue...
Il LA CIIATKI.AINE
DK MKHAV.
Je suis un lionntHo liomnio. j'ai une certaiiio fortune, ,
LA HACniKHE.
Eli!... croyoz-vous que ce soit moi qui fasse de l'opposition !
DE MÉHAY.
C'est madame de La Baudière?...
LA BAUDIÈRE.
Parbleu !...
DE MÉHAY.
Quelles raisons donne-t-elle pour refuser?... Quelles raisons?
LA BAUDn>RE.
Dame ! . . . Des raisons qui ne sont pas trop mauvaises. Votre jeunesse, l'incertitude de votre position... l'âge aussi de Lucienne qui n'a que dix-huit ans...
DE MÉRAY
Il n'y a pas autre chose?...
LA BAUDIÈRE.
Mais non.
DE MKRAV.
Alors, ce ne peut pas être un refus définitif.
LA BAUDU^iiRE.
De la part de ma femme, je le crains.
DE MÉRAY
C'est navrant ce que vous me dites-là, navrant. . . Jamais madame de La Baudière ne reviendra sur sa parole.
LA BAUDIÈRE.
Bah ! qui sait?...
DE MÉRAY
Oh ! quand elle a dit non, c'est non !
Acrr: i, sckne i\' '2'.\
LA BAIDIÈRE.
Oui, elle est un peu despotique, j'en conviens.
DE MÉRAY
Et vous qui êtes si conciliant, au contraire !
LA BAIDIÈRE.
Eh ! il le faut bien.
DE MÉRAY
Ah ! mon pauvre monsieur de La Baudière.
LA BAl'DIÈRE.
Vous me plaignez, je parie?
DE MÉRAY
Non, mais...
LA BAUDIÈRE.
Allons ! allons ! Vous me croyez très malheureux... Il y a des tas de gens qui me croient très malheureux.
DE MÉRAY
Pas absolument... Quoique...
LA BAUDIÈRE.
Si ! si ! Vous vous dites qu'avec une femme comme la mienne, je dois mener une vie d'enfer.
DE MÉRAY
Heu!... Heu!...
LA BAUDIÈRE.
Eh bien ! mon bon ami, c'est ce qui vous trompe. Non seulement je ne suis pas malheureux, mais je suis très heureux. Le caractère de madame de La Baudière, qui m'horripilait, en effet, dans les commencements de notre mariage, m'est devenu très sympatlii(|ue, parce que je me suis mis à l'envisager avec philosophie. Ma femme est
LA CHATELAINE
convaincue qu'elle a une volonté de 1( r el c est vrai, elle a une volonté de fer. Seulement, quand on sait s'y prendre, on arrive à lui faire faire le contraire de ce qu'elle a décidé et comme elle y apporte la môme volonté de fer et la même énergie, elle ne s'aperçoit pas qu'elle a changé d'opinion. Je me suis amusé souvent à ce petit jeu-là. C'est une de mes plus grandes distractions : on en a si peu en province !... Ne vous découragez donc pas.
DE MKRAY, lui srrr.iiil /,i luniii.
Je m'en rapporte à vous entièrement. Et j'ai confiance en vous, et aussi en Lucienne, qui m'aime, j'en suis sûr.
LA BArDlKHi:.
N'insistez pas et laissez-moi faire. Nous y mettrons le temps qu'il faudra, mais j'ai comme un pressentiment que ça ne sera pas long.
DE MÉRAY
Merci alors ! merci et au revoir.
LA BArDD';RE.
Au revoir, mon ami.
(Il le reconduit ;t dioile. Dès qu'il est sorti, entre madame de La Baudière. ,'i cjaudie.)