‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 4)Chapitre 92 sur 289 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

MADAME BRÉAUTIN.

Oh ! ce n'était pas un discours... J'aime mieux, d'ailleurs, qu'il ne prononce pas de discours... il

a dit quelques mots, voilà tout... (A Marianne:) Au

fait, vous aviez commencé tout à l'heure, ma chère, une phrase que j'ai interrompue bien malgré moi. Serait-il indiscret?...

Oh! non, certes!... J'allais dire à ma mère quelle reconnaissance et quelle amitié j'avais pour vous. Vous nous avez oîl'ert, vous avez offert à mon mari, votre crédit, vos relations, votre influence que tant de gens recherchent. Mon mari n'a pas su ou n'a pas voulu en user, c'est un de mes grands chagrins.

MADAME BRÉAUTIN.

C'est vrai, il a refusé trois ou quatre affaires très intéressantes que je lui apportais. 11 ne vient que très rarement chez moi, strictement ce qu'il faut pour que nous ne soyons pas brouillés. C'est dommage, car j'avais tout un plan qui le concernait...

MARIANNE

Ah!

MADAME RRÉAITIN.

Oui... Mon mari, — il n'y a aucune vanité à le (lire — mon mari sera ministre bientôt. 11 fait partie de toutes les combinaisons qui doivent remplacer le cabinet actuel. Eh bien! j'avais rêvé de lui donner Darlay comme collaborateur, sous une forme ou sous une autre...

MARIANNE

Oh! mais voilà une idée... (A sa mère:) N'est-ce

pas? (A madame Bréiuilin:, En aVCZ-VOUS déjà j)arlé

à Maurice?

r. ADVEHSAIRK

Avec discrétion. Il m'a répondu par des plaisanteries snr la politique, je n'ai pas insisté.

MARIAXNK.

Je lui en parlerai, moi; j'aurai une conversation sérieuse avec lui. 11 ne peut pas refuser, c'est impossible! Je vous réponds qu'il acceptera.

MADAME BRÉAUTIN.

Cela dépend de vous. Une femme de votre caractère, de votre finesse et de votre àg;e, doit conduire son mari oii elle a décidé qu'il irait. Il n'est donc pas ambitieux, Darlay?...

MARIANNE

Je commence à croire que non.

MADAME BRÉAUTIN, se levant.

C'est peut-être qu'il ne sent pas à ses côtés une volonté toujours présente et toujours agissante. Voyez-vous, ma chère, l'avenir de nos maris est dans nos mains et non dans les leurs. Les hommes n'ont jamais, réunies ensemble, les deux grandes conditions du succès : la volonté et la patience. Il faut que nous leur apportions l'une ou l'autre, sinon les deux!... Allez, il y a toujours une femme à l'origine dune carrière d'homme; et quand l'homme part, c'est que la femme a donné le signal. Voulez-vous mon opinion bien sincère sur votre mari? Ce n'est pas un paresseux, ce n'est pas un incapable, loin de là! C'est simplement un homme trop heureux.

MARIANNE

Je ne peux pourtant pas le rendre malheureux exprès!

Non! Mais c'est une question de dosage. Il ne

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