‹ Théâtre complet. Vol. 1-8Chapitre 157 sur 237 · SCENE XI PERVENCHE, GEORGES, h gauche · texte numérisé non relu

SCENE XI PERVENCHE, GEORGES, h gauche

PERVENCHE, à part, regardant Georges.

Mais, je connais ce monsieur...

GEORGES, apercevant Pen^enche.

Oh!

PERVEXCIIK.

Georges!... Mon premier!...

C'est vous?... C'est vous, Juliette?

PERVENCHE

Et vous ?

GEORGES

Georges !

PERVENCHE

Ah! ah! C'est vous !..

GEORGES

Oui... oui... C'est moi... Moi qui...

(Silence einharrasxé.j

PERVENCHE

Oh! Je ne vous en veux plus...

GEORGES

Vous m'avez pardonné, bien vrai ?

PERVENCHE

Bien vrai. 11 y a si longtemps !...

GEORGES

Ah! Si on m'avait dit que je vous reverrais aujourd'hui...

PEItVENClIE.

Et qu'est-ce que vous avez lait pour être ici ?...

G i; ORGES.

J'ai fait beaucoup de démarches... Ce sont des places qui ne rapportent rien et qui sont très difficiles à obtenir,

PERVENCHE

C'est vous qui avez tenu à être en prison?

GEORGES, (HoniK^.

Oui, c'est moi...

PERVENCHE

Vous n'avez commis aucun crime, aucun délit?

GEORGES

Mais non... Ah! Vous croyiez que?... Je suis gardien... Je suis gardien chef, je ne suis pas détenu.

PERVENCHE

Oh! pardon...

GEORGES

Mes moyens ne me permettent pas d'être détenu, malheureusement.

PERVENCHE

Je vois que vous n'avez guère réussi.

GEORGES

Et vous?

PERVENCHE

Moi ?

Oui... Qu'est-ce que vous êtes devenue? (Pervenche J)aisse les yeux.) Ah ! je Comprends.

PERVENCHE

J'ai été cocotte, mais je ne le suis plus.

GEORGES

Qu'est-ce que vous êtes ?

PERVENCHE

Je ne suis plus rien. C'est fini... Oh! C'est bien

ACTT IV, s<;î:nk XI 279

fini... Tenez, liier, j'allais me mettre avec un monsieur, un nommé Clapotin, parce qu'il me faisait la blague de vouloir m'épouser, comme vous. Qu'est-ce que j'apprends au moment de dîner avec lui ? Il est fiancé depuis quinze jours. Je lui ai dit : « Monsieur, fichez-moi la paix, et plus vite que ça! » Parce que, maintenant, j'aimerais mieux travailler de mes dix doigts plutôt que de rester une grue... à moins que je ne puisse pas faire autrement. Et vous, vous êtes marié ?

GEORGES

Non, je suis resté garçon.

PERVEXCIIE

Vraiment ?

GEORGES

Oui, vraiment.

PERVEXCHE, a])rès un silence.

Pourquoi ne m'épouseriez-vous pas?

GEORGES

Hum!

PKlîVKNCIIK.

Vous hésitez peut-être à cause de la vie que j'ai menée pendant dix ans...

GEORGES

Dame!

PKRVK.NC.IU:.

Je comprendrais ça, si vous n'aviez pas élé mon premier amant, si vous étiez seulement le second ou le troisième. Alors, vous n'auriez aucune raison de m'épouser. Mais vous êtes le premier, vous m'avez eue sage, vous devez vous le rappeler. Eh bien! l'important pour épouser un homme, c'est de n'avoir connu personne avant lui. Moi, je n'ai connu personne avant vous. Voilà comment il faut raisonner dans l'existence.

LA BOURSF Oi; LA VI

GEORGES

Je ferai ce que voudrez, Juliette.

PEU^'El\CIlE.

A demain, alors. Venez me voir, on causera mieux. Au fait, vous ne savez pas où je demeure, 28, rue de Copenhague. Vous demanderez mademoiselle Pervenche — c'est moi. — Au revoir, mon petit Georges, je t'aime encore, tu sais...

(Elle sort en lui envof/anl un Jniiser. Georges sort par la parle du fond.)

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