SCENE XI PERVENCHE, GEORGES, h gauche
PERVENCHE, à part, regardant Georges.
Mais, je connais ce monsieur...
GEORGES, apercevant Pen^enche.
Oh!
PERVEXCIIK.
Georges!... Mon premier!...
C'est vous?... C'est vous, Juliette?
PERVENCHE
Et vous ?
GEORGES
Georges !
PERVENCHE
Ah! ah! C'est vous !..
GEORGES
Oui... oui... C'est moi... Moi qui...
(Silence einharrasxé.j
PERVENCHE
Oh! Je ne vous en veux plus...
GEORGES
Vous m'avez pardonné, bien vrai ?
PERVENCHE
Bien vrai. 11 y a si longtemps !...
GEORGES
Ah! Si on m'avait dit que je vous reverrais aujourd'hui...
PEItVENClIE.
Et qu'est-ce que vous avez lait pour être ici ?...
G i; ORGES.
J'ai fait beaucoup de démarches... Ce sont des places qui ne rapportent rien et qui sont très difficiles à obtenir,
PERVENCHE
C'est vous qui avez tenu à être en prison?
GEORGES, (HoniK^.
Oui, c'est moi...
PERVENCHE
Vous n'avez commis aucun crime, aucun délit?
GEORGES
Mais non... Ah! Vous croyiez que?... Je suis gardien... Je suis gardien chef, je ne suis pas détenu.
PERVENCHE
Oh! pardon...
GEORGES
Mes moyens ne me permettent pas d'être détenu, malheureusement.
PERVENCHE
Je vois que vous n'avez guère réussi.
GEORGES
Et vous?
PERVENCHE
Moi ?
Oui... Qu'est-ce que vous êtes devenue? (Pervenche J)aisse les yeux.) Ah ! je Comprends.
PERVENCHE
J'ai été cocotte, mais je ne le suis plus.
GEORGES
Qu'est-ce que vous êtes ?
PERVENCHE
Je ne suis plus rien. C'est fini... Oh! C'est bien
ACTT IV, s<;î:nk XI 279
fini... Tenez, liier, j'allais me mettre avec un monsieur, un nommé Clapotin, parce qu'il me faisait la blague de vouloir m'épouser, comme vous. Qu'est-ce que j'apprends au moment de dîner avec lui ? Il est fiancé depuis quinze jours. Je lui ai dit : « Monsieur, fichez-moi la paix, et plus vite que ça! » Parce que, maintenant, j'aimerais mieux travailler de mes dix doigts plutôt que de rester une grue... à moins que je ne puisse pas faire autrement. Et vous, vous êtes marié ?
GEORGES
Non, je suis resté garçon.
PERVEXCIIE
Vraiment ?
GEORGES
Oui, vraiment.
PERVEXCHE, a])rès un silence.
Pourquoi ne m'épouseriez-vous pas?
GEORGES
Hum!
PKlîVKNCIIK.
Vous hésitez peut-être à cause de la vie que j'ai menée pendant dix ans...
GEORGES
Dame!
PKRVK.NC.IU:.
Je comprendrais ça, si vous n'aviez pas élé mon premier amant, si vous étiez seulement le second ou le troisième. Alors, vous n'auriez aucune raison de m'épouser. Mais vous êtes le premier, vous m'avez eue sage, vous devez vous le rappeler. Eh bien! l'important pour épouser un homme, c'est de n'avoir connu personne avant lui. Moi, je n'ai connu personne avant vous. Voilà comment il faut raisonner dans l'existence.
LA BOURSF Oi; LA VI
GEORGES
Je ferai ce que voudrez, Juliette.
PEU^'El\CIlE.
A demain, alors. Venez me voir, on causera mieux. Au fait, vous ne savez pas où je demeure, 28, rue de Copenhague. Vous demanderez mademoiselle Pervenche — c'est moi. — Au revoir, mon petit Georges, je t'aime encore, tu sais...
(Elle sort en lui envof/anl un Jniiser. Georges sort par la parle du fond.)