ACTE I, SCÈNE II
CLÉMENCE
Vous me rappelez les grisettes d'autrefois, qui soupiraient après des cachemires.
JOSÉPHINE
Chacun a ses idées.
CLÉMENCE
xVlors, quand vous voyez une femme couverte de diamants, cela vous épate ?
JOSÉPHINE
Non, mais...
CLÉMENCE
Cela excite votre envie ou votre admiration ? Vous regrettez de ne pas être à sa place?
JOSÉPHINE
Certainement.
Louisi;.
Ah ! ma pauvre enfant, vous êtes bien naïve ! Quel âge avez-vous donc?
Dix-neuf ans.
LOUISE
Moi, j'en ai vingt et un, et Clémence que voilà est dans sa vingtième année. Vous pouvez donc vous en rapporter à notre expérience. Eh bien! la vie de ces femmes-là est aussi dure que la nôtre ; et, pour gagner un collier de perles qu'elles seront peut-èlre obligées de porter au c-lou le lendemain, elles font des machines que je ne vous souhaite pas.
JOSÉPHINE
Tenez, vous et Clémence, vous avez l'esprit gâté par la lecture des journaux. Vous êtes socialistes.
CLÉMENCE
Absolument.
JOSÉPHINE
Vous avez tort. Moi, je suis pour l'ancien système : les bijoux, les toilettes, le luxe.
LOUISE
Vous me faites pitié.
CLÉMENCE
Et vous accepteriez cela du premier venu?
JOSÉPHINE
Un homme capable d'offrir un hôtel à une femme n'est jamais le premier venu.
CLÉMENCE, riant.
Est-ce qu'on vous en a déjà offert souvent, ma petite ?
JOSÉPHINE
Pas encore.
LOUISE
C'est dommage.
CLÉMENCE
Ça ne tardera pas, espérons-le.
JOSÉPHINE
Qui sait ?
LOUISE, <•( CU'iiieiice.
Elle est étonnante !
JOSÉPHINE
Apprenez, mesdemoiselles, que pas plus tard qu'avant-hier j'ai été suivie par un monsieur depuis le coin de l'avenue de TOpéra jusqu'ici.
LOUISE
Qui était ce monsieur ?
JOSÉPHINE
Un monsieur très bien, qui avait fait arrêter son coupé. Je l'ai parfaitement vu.