ACTE II, SCÈNE III
eu la chance jusqu'à présent, quoique tu aies eu beaucoup de maîtresses, d'éviter l'affreux collage. Tu comptais bien que tu ne courais plus aucun risque, et voilà qu'un jour il tombe chez toi une femme qui s'installe peu à peu et qui, mainlenant, a tout l'air de ne plus vouloir s'en aller. Et tu te demandes comment tu t'y prendras pour t'en débarrasser plus tard.
JULIEN
Je t'assure, ma chérie, que je ne fais pas des réflexions aussi noires!
CHARLOTTE
Si, tu les fais; tu ne peux pas ne pas les faire. Eh bien! je veux te rassurer : le jour où il faudra que je disparaisse, soit que Lu te maries, soit que tu aimes une autre femme, ou, tout simplement, que tu préfères vivre de nouveau tout seul, ce jour-là tu n'auras pas besoin de te creuser la cervelle pour me le faire comprendre, je le devinerai tout de suite, et le lendemain tu ne me trouveras plus chez toi. Je m'arrangerai même de façon que tu i^'aies pas de remords... Dame! je ne sortirai pas en te disant « zut! », d'abord, ça ne te Icrait pas plaisir, mais je m'en irai d'une façon très intelligente, je te le promets.
JCLIKN'.
Tu ne tiens pas à ce que ce soit aujourd'hui?
CHAULOTTE.
Tu peux le dire, que je n'y tiens pas! Mais, va, je n'ai pas d'illusions... Et jamais, quoi que lu fasses, je ne me croirai le droit de t'adresser des reproches, car je n'ai pas même le mérite de t'avoir un peu résisté! Je t'aimais; tu m'as prise dès que tu en as manifesté le désir, ça n'a pas été long, et, quand je me suis aperçue que je nie
conduisais sans la moindre dignité, j'étais dans tes bras ; il était trop tard !
JULIEN
Absolument. Et, quelques jours après ce drame...
CHARLOTTE
Je fermais la grande maison de fleurs Charlotte Lanier, parce qu'elle ne faisait plus ses alfaires; nous déménagions tous les deux, et il y a déjà
six mois que cela dure. (Embrassant Julien avec
passion.) Ecoute, mou Julien chéri, je ne suis pas si nous devons rester ensemble quelques heures seulement, ou quelques années; mais, ce que je sais bien, c'est que personne ne m'enlèvera ces six mois que j'ai passés à tes côtés. Que je sois obligée de retravailler demain et de me débattre encore dans la vie comme une malheureuse, ça m'est égal maintenant : j'ai eu de belles vacances I
JULIEN
Vivent les vacances!
CHARLOTTE
C'est très sérieux, ce que je te dis,
JULIEN
Je crois bien!
CHARLOTTE
Avoue que j'ai un peu deviné ce que tu penses?
JULIEN
Non, ma parole! J'ai horreur de prévoir. Je trouve qu'aujourd'hui, à Paris, dans les conditions OUI les gens comme nous sont obligés de vivre, le hasard est tellement notre maître, notre maître absolu, tellement plus fort que nous, que c'est une folie de le contrarier. Tout projet que l'on fait est comme un défi qu'on lui adresse, et, alors, gare à nous! Laissons-nous donc conduire
par lui, ma petite Cliarlotte. Notre liaison est née un beau soir à l'aventure, c'est une raison de plus qu'elle a de durer.
Si elle devait durer autant que mon amour pour toi, je m'en moquerais bien, de ton hasard!
JULIEN
Avec tout ça, il est l'heure d'aller gagner ma vie.
CH.VRLOTTl-:.
Tu vas au Palais?
JILIKX.
Un iustant : j'y ai un rendez-vous avec un monsieur, pour all'aires. Et toi, tu sors?
CHARLOTTE
Oh! non. C'est le jour de Geneviève, c'est môme son heure.
JILIKX.
Diable! j'oubliais... Ça va bien, ces leçons?
(.HAliLOTTE.
r*as mal, tu verras.
JILIKX.
Ne t'applique pas trop : tu serais vite plus savante que moi.
CILMîLÔTTE.
C'est méchant, ça 1
JlLIllX.
C'est l'affreuse vérité, 'lùure GeneriOve.) Bonjour, Genevi»>ve ! Je vous laisse; je vous retrouverai } peut-être. A bientôt.
// suri.;