ACTE m, SCÈNE VI
SIMONE
Ca dépendra... J allais vous dire que mon ami Pétrel...
JULIEN
Eh ! je me moque bien de Pétrel!... Pétrel le député ?
SIMONE
Oui.
JULIEN
<Ju'est-ce qu'il veut?
SIMONE
Il veut la succession de Bérain, qui vient de mourir.
JULIEN
Ah ! oui.
SIMONE
Bérain, le directeur de la Compagnie des Eaux du Centre : une affaire de Tourneur... Et, puisque c'est vous qui vous occupez des affaires de Tourneur ?...
JULIEN
Il veut la succession de Bérain? II l'a... Mais maintenant, qu"il nous laisse tranquille !... Simone... je vous en prie...
SIMONE
Je peux m 'engager ?
JULIEN
Oui... uui... Ail! diable! j'oubliais?... Mais Pétrel est député ! les deux fonctions sont incompatibles !
SIMONE
II donnera sa démission. Il a de la poIiti(jue par-dessus la tète.
JULIEN
Comment! il donnerait sa démission?
SIMONE
Tout de suite.
388 LA VKINK
JULIEN
Vous êtes sûre?
SIMONE
Absolument.
JULIEN
Mais alors, je me présente à sa place!... Je devais me présenter contre lui aux élections générales ; je préfère cette combinaison !
SIMONE
EnefTet, vous êtes compatriotes. J'avaisoublié... Vous avez des chances ?
JULIEN
C'est-à-dire que je n'aurai aucun concurrent.
SIMONE
Je vous félicite. La carrière politique est la meilleure, aujourd'hui, pour un homme de votre âge et de votre caractère. Nous en recauserons. Je ne suis pas tout à fait sans influence... Aurezvous l'appui du Gouvernement?
JULIEN
Je n'en ai pas besoin... Si j'étais aussi sûr de votre amour que de mon élection...
SIMONE
Soyez donc sérieux. Je ne suis pas une associée à dédaigner.
Ecoutez, Simone, il ne s'agit plus de politique. Pétrel a la place de Bérain, il démissionne, je suis nommé, c'est entendu, il n'y a aucun doute. Ne parlons plus de ça!... Je vous adore, Simone! Je vous l'ai assez écrit ; laissez-moi au moins vous le répéter dans des conditions qui me permettent d'être éloquent !
SIMONE
Nous verrons... plus tard.
ACTi; III, SCKNK VI 389
JULIEN
Vous n'êles pas gentille!
SIMONK.
Mais... c'est vous qui êtes étonnant ! Vous n'avez pas l'air de vous rappeler que vous avez emmené une maîtresse à Trouville, et vous me proposez... Au fait, qu'est-ce que vous me
proposez?
.irLii:x.
J'espérais m'être fait comprendre.
SIMONE
Oui... oui... je vous embarrasse... Alors...
JULIEN
Pas du tout, vous ne m'embarrassez pas.
Vous n'allez pas nier que vous ayez une maîtresse ?
JILIEN.
Je ne le nie pas.
SIMONE
Et que vous l'aimez?
JtLIKN.
J'ai beaucoup d'atiection pour elle.
SIMONE
Et pour moi, qu'est-ce que vous avez?
JULIEN
J'ai d'autres sentiments. Jai le désir continuel, la pensée toujours avec vous; votre image, vos lèvres toujours devant les yeux. J'ai la jalousie. J'ai l'amour, enfin !
(Entre Charlolle.)