‹ Théâtre complet. Vol. 1-8Chapitre 231 sur 237 · SCÈNE VI JULIEN, TOURNEUR · texte numérisé non relu

SCÈNE VI JULIEN, TOURNEUR

TOURNEUR

Tu as raison. Je ne me serais pas permis de te donner un conseil dans une circonstance aussi délicate, mais Simone... peuh !

JULIEN

Je n'y ai pas songé une seconde.

TOURNEUR

Certes, ce doit être une maîtresse charmante !

JULIEN

On le dit.

TOURNEUR

Comment!... Non?

JULIEN

Non.

418 I.A VICINK

Ça, je le regrette pour toi !

JULIEN

Moi, je ne le regrette plus. J'ai subi la forte crise ; mais j'en suis sorti tout à mon avantage.

TOURNEUR

Tant mieux !

JULIEN

Quel effet ça te fait-il, quand tu t'aperçois qu'une femme se moque de toi?

TOURNEUR

Je n'ai jamais réfléchi beaucoup àça,jet'avoue... Et toi?

JULIEN

Moi, quand je m'aperçois de ce détail, quand je reconnais à des signes infaillibles que je vais devenir le simple polichinelle entre les mains de la coquette, cette découverte me refroidit instantanément. Je me. représente aussitôt l'état d'abrutissement auquel nous réduit la femme aimée, lorsqu'elle veut s'en donner la peine ; je me remémore des exemples historiques, et de toutes ces réflexions il me vient une grande énergie. Je m'éloigne alors en faisant la révérence le plus poliment du monde, et quelques jours après il n'y paraît plus.

TOURNEUR

Tu n'es pas un passionné, au fond.

JULIEN

Je suis un intermittent... Mais j'ai passé de sales journées !

Les femmes ne te rendront jamais très malheureux... moi non plus, du reste.

ACTr; IV, sctNE vi 410

JULIEN

J'cai eu ma part.

TOUIlMa'l{.

Et puis, nous n avofis plus Tâge d'aimer à tort et à travers.

JULIEN

C'est ce que je me disais tout à l'heure. Nous avons l'âge d'être aimés.

TOURNEUU.

Et de mener une vie agréable.

JULIEN

Pour commencer, je suis un peu insulté par les gazettes.

TOURNEUR

Rappelle-toi ce que tu m'as dit à propos de

Vermoulin.

julien!

Sois tranquille.

TOURNEUR

Ce n'est pas ça qui t'empêchera d'être ministre, mon vieux !

JULIEN, H.tiit.

Au contraire !

TOURNEUR

Cette brave Charlotte ! Tu ne t'imagines pas quel plaisir ça me feraitdevous voir réconciliés !

JULIEN

C'est bizarre ! Dans le genre de tendresse, dans le genre d'amour que j'ai pour elle, il entre un peu de superstition. Car je crois qu'il y a, dans la vie comme au jeu, certains gestes, certains mouvements, enfin des choses indétinissables qui intcrrompentla veine tout d'un coup. Eh bien ! je suis sûr que si Charlotte ne voulait plus, ce serait désastreux pour moi !

TOURNEUR

Oui, mais elle voudra.

JULIEN

Est-ce qu'on sait jamais, avec les femmes !

TOURNEUR

Evidemment. Mais je compte sur Joséphine... Quelle bonne tille, cette petite !

JULIEN

Elle est délicieuse.

Je l'adore !

JULIEN

Ça se voit.

TOURNEUR

Plaisanterie à part. Je fais le malin, mais, si elle me quittait maintenant, j'en pleurerais !... C'est comme toi si Charlotte ne voulait plus. Avoue que tu en es là aussi?

JULIEN

Je l'avoue bêtement.

TOURNEUR

Tout cela est à la fois très triste et très gai.

JULIEN

Joséphine doit te retrouver ici?

TOURNEUR

Tu as entendu : elle m'a dit de rester.

JULIEN

Elle est allée chez Charlotte, probablement.

TOURNEUR, regardajil sa montre.

Probablement.

JULIEN

Combien y a-t-il de temps qu'elle est sortie?

ACTi; i\, sci'iNi: \ii 421

TOURNKUR, ri'ijnrfJaiit éguleinent s;i montre.

Elle ne peut pas tarder.

JULIEN, iiWint ;) l;i porte.

Ah ! la voici !... Que lui aura dit Charlotte?

(La [wrle s'ouvre. Entre Charlotte.)

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