SCÈNE IV lUlIDEL, \AK1X0IS, MADAME VARINOIS
MADAME VARIXOIS.
Que dites-vous là, tous les deux?
Nous parlons du printemps... du printemps qui commence... des fleurs... des premières feuilles... du plaisir qu'on aurait d'être dans une belle propriété...
VARINOIS.
Il y on a justement une à vendre, dans les annonces de mon journal... Quatre heures de Paris seulement, à deux kilomètres d'une gare... chasse et pêciic... Veux-tu que nous allions la visiter ?
18 PKTITKS FOLLES
MADAME VARINOIS.
Encore !... Je vous ai déjà répondu à ce sujet. La campagne me tuerait, et vous aussi.
VARINOIS.
Pourtant, le docteur...
MADAME VARINOIS.
Il est très routinier, notre vieux docteur. Je consulterai celui d'Edgard. (Begardant Bn'dei.) Vous n'avez pas l'air content, Adolphe?
BRIDKL.
Eli bien I non, madame, je ne suis pas content.
MADAME ^'ARINOIS.
En vérité !... Et peut-on savoir la cause de cette mauvaise humeur?
Oui, madame, et je vais vous la dire. Je ne suis même pas fâché de la dire devant votre mari... Eh bien ! je trouve que vous recevez depuis quelque temps une société de gommeux, de boursiers, d'hommes du monde, si vous préférez, qui me porte sur les nerfs.
MADAME VARINOIS.
Quel dommage !
BRIDEL
Ces messieurs font en outre la cour à vos deux filles avec un cynisme dont je m'étonne que vous ne vous aperceviez pas... C'est même pour ça qu'ils viennent chez vous... Vous les retrouvez au théâtre, dans les expositions et dans d'autres endroits plus ou moins convenables.
MADAME VARINOIS.
Monsieur!
BRIDEL
Ils VOUS racontent des histoires scandaleuses
qui vous font pâmer et ils disent devant vous et devant ma femme de véritables obsce'nités.
MADAME VAIUNOIS.
Des obscé 1... Voilà des façons de parler!
BRIDEL
Devant vous, cela me serait égal...
Oh ! à moi aussi.
BRIDEL
Quant à Lucienne, c'est une autre atlaire. Si je tenais à ce qu'elle entendit des indécences, je les lui dirais moi-même. J'en connais. Mais ce n est généralement pas pour cela qu'une jeune femme va chez sa mère. ^la parole d'honneur, je ne sais pas ce qui vous prend depuis quelques mois !...
VARIXOIS
C'est depuis qu'elle s'est mise à lire des romans.
MADAME VARINOIS.
Mon gendre, vous êtes fou... et non seulement vous êtes fou, mais vous êtes très imprudent ! Si vous empêchez Lucienne de prendre les récréations les plus innocentes...
BRIDEL
Ah!
MADAME VAlîIXOIS.
Et de chercher à se distraire comme toutes les femmes de son âge le font aujourd'hui...
BRIDEL
En vivant au milieu de jeunes gens qui lui débitent des énormités !
MADAME VARINOIS.
Chaque époque a ses exigences... Alors, je ne réponds plus de ce qui arrivera. Lucienne est la
plus gentille femme de la terre. Je vous conseille donc d'avoir confiance en elle et de ne pas la tracasser. Je ne voudrais pas qu'elle fût malheureuse comme je l'ai été.
VARINOIS, e7o;iH."'.
Tu as été malheureuse ?
MADAME VARINOIS.
Vous ne vous en êtes jamais aperçu, naturellement.
VARINOIS.
En effet.
MADAME VARINOIS.
J'ai mené une existence d'une platitude sinistre, à tenir des écritures et des comptes de ménage. Qu'ai-je fait de toute ma jeunesse?
VARINOIS.
Tu as fait deux filles.
MADAME VARINOIS.
Quand me suis-je amusée, seulement une heure ?
VARINOIS.
Tu n'as pas un tempérament à t'amuser.
MADAME VARINOIS.
Qu'en savez-vous? Avez-vous la prétention de connaître mon tempérament?
Permets...
MADAME VARINOIS.
Vous, vous vous êtes amusé; mais moi...
VARINOIS.
Qu'as-tu à me reprocher, je te prie?... N'ai-je pas un bon caractère ?
MADAME VARINOIS.
Qu'est-ce que ça a d'amusant, un bon carac-