‹ Théâtre completChapitre 100 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

BRUTUS, VALÉRIUS PUBLICOLA, les sénateurs.

BRUTUS

Destructeurs des tyrans, vous qui n'avez pour rois Que les dieux de Numa, vos vertus et nos lois, Enfin notre ennemi commence à nous connaître. Ce superbe Toscan qui ne parlait qu'en maître, Porsenna, de Tarquin ce formidable appui, Ce tyran, protecteur d'un tyran comme lui, Qui couvre de son camp les rivages du Tibre, Respecte le sénat et craint un peuple libre. Aujourd'hui, devant vous abaissant sa hauteur, Il demande à traiter par un ambassadeur. Arons, qu'il nous députe, en ce moment s'avance; Aux sénateurs de Rome il demande audience : Il attend dans ce temple, et crest à vous de voir S'il le faut refuser, s il le faut recevoir.

valérius publicola. [attendre,

Quoi qu'il vienne annoncer, quoi qu'on puisse en 11 le faut à son roi renvoyer sans l'entendre : Tel est mon sentiment. Rome ne traite plus Avec ses ennemis que quand ils sont vaincus. Votre fils, il est vrai, vengeur de la patrie, A deux fois repoussé le tyran d'Étrurie. Je sais tout ce qu'on doit à ses vaillantes mains ; Je sais qu'à votre exemple il sauva les Romains : Mais ce n'est point assez; Home assiégée encore Voit dans les champs voisins ces tyrans qu'elle ab-

[horre.

Que Tarquin satisfasse aux ordres du sénat ; Exilé par nos lois, qu'il sorle de l'État ;

De son coupable aspect qu'il purge nos frontières, Et nous pourrons ensuite écouter ses prières. Ce nom d'ambassadeura paru vous frapper; [per. Tarquin n'a pu nous vaincre, il cherche à nous trom- L'ambassadeur d'un roi m'est toujours redoutable; Ce n'est qu'un ennemi, sous un titre honorable, Qui vient, rempli d'orgueil ou de dextérité, Insulter ou trahir avec impunité.

Rome, n'écoute point leur séduisant langage : Tout art t'est étranger; combattre est ton partage. Confonds tes ennemis de ta gloire irrités; Tombe, ou punis les rois: ce sont là tes traités.

BRUTUS

Rome sait à quel point sa liberté m'est chère ; Mais, plein du même esprit, mon sentiment diffère. Je vois cette ambassade, au nom des souverains, Comme un premier hommage aux citoyens romains. Accoutumons des rois la fierté despotique A traiter en égale avec la république; Attendant que, du ciel remplissant les décrets, Quelque jour avec elle ils traitent en sujets. Arons vient voir ici Rome encor chancelante, Découvrir les ressorts de sa grandeur naissante, Épier son génie, observer son pouvoir : Romains, c'est pour cela qu'il le faut recevoir. L'ennemi du sénat connaîtra qui nous sommes, Et l'esclave d'un roi va voir enfin des hommes. Que dans Rome à loisir il porte ses regards : Il la verra dans vous : vous êtes ses remparts. Qu'il révère en ces lieux le dieu qui nous rassemble; Qu'il paraisse au sénat, qu'il écoute, etqu'il tremble. [Les sénateurs se lèvent, et s'approchent un moment pour donner leurs voix.) VALÉRIUS PUBLICOLA.

Je vois tout le sénat passer à votre avis; Rome et vous l'ordonnez : à regret j'y souscris. Licteurs, qu'on l'introduise; et puisse sa présence N'apporter en ces lieux rien dont Rome s'offense !

[A Brutus.) C'est sur vous seul ici que nos yeux sont ouverts; C'esl vous qui le premier avez rompu nos fers :

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