IRÈNE, ACTE
IRENE
ZOE.
Souvent le danger dont on bravait l'image, Au moment qu'il approche, étonne le courage : La nature s'effraie; et nos secrets penchants Se réveillent dans nous, plus forts et plus puissants.
IRÈNE
Non, je n'ai point changé ; je suis toujours la môme : Je m'abandonne entière à mon père qui m'aime. Il est vrai, je n'ai pu, dans ce fatal moment, Soutenir les regards d'un père et d'un amant; Je ne pouvais parler; tremblante, évanouie, Le jour se refusait à ma vue obscurcie; Mon sang s'était glacé; sans force et sans secours, Je touchais à l'instant qui finissait mes jours. Rendrai-je grâce aux mains dont je suis secourue? Soutiendrai-je la vie, hélas! qu'on m'a rendue? Si Léonce parait, je sens couler mes pleurs; Si je vois Alexis, je frémis et je meurs ; Et je voudrais cacher à toute la nature Mes sentiments, ma crainte, et les maux que j'en- Ahl que fait Alexis? [dure.
ZOÉ
11 veut en souverain Vous replacer au trône et vous donner sa main. A Léonce, au pontife, il s'expliquait en maître; Dans ses emportements j'ai peine à le connaître : Il ne souffrira point que vous osiez jamais Disposer de vous-même et sortir du palais.
irène. [fice,
Ciel, qui lis dans mon cœur, qui vois mon sacri- Tu ne souffriras pas que je sois sa complice!
ZOÉ
Que vous êtes en proie à de tristes combats !
IRÈNE
Tu les connais; plains-moi, ne me condamne pas Tout ce que peut tenter une faible mortelle Pour se punir soi-même et pour régner sur elle, Je l'ai fait, tu le sais ; je porte encor mes pleurs Au Dieu dont la bonté change, dit-on, les cœurs. Il n'a point exaucé mes plaintes assidues; Il repousse mes mains vers son trône étendues; Il s'éloigne.
ZOÉ
Et pourtant, libre dans vos ennuis, Vous fuyez votre amant.
IRÈNE
Peut-être je ne puis.
ZOÉ
Je vous vois résister au feu qui vous dévore.
IRÈNE
En voulant l'étouffer, l'allumerais-je encore?
ZOÉ
Alexis ne veut vivre et régner que pour vous.
IRÈNE
Non, jamais Alexis ne sera mon époux.
ZOÉ
Eh bien! si dans la Grèce un usage barbare,