ARG1DE
Oui, oui, je défendrai contre ce furieux
Ce dépôt si sacré que je reçois des dieux.
Je vous prends sous ma garde au péril de ma vie.
YDACE.
Par vos rares vertus je suis plus asservie Que par cet esclavage où me réduit le sort. Je détestais le jour et j'invoquais la mort; Je vis par vous...
ARGIDE.
Allez; d'un tyran délivrée, Revoyez loin de nous votre heureuse contrée. C'en est fait, belle Ydace... Emportez nos regrets... De son départ, amis, qu'on hâte les apprêts.
(Au peuple qui est dans le fond.) Nobles Syracusains, secourez l'innocence; Contre ses ravisseurs embrassez sa défense.
(A la prêtresse.) Prêtresse de Cérès, unissez-vous à moi ; Parlez au nom des dieux et surtout de la loi : Qu'Ydace enfin soit libre, et que de ce rivage Avec son digne père on la mène à Carthage.
(Au peuple.) Qu'aucun de vous n'exige et qu'il n'ose accepter Le prix dont ce vieillard la voulait racheter. Liberté! liberté! tu fus toujours sacrée : Quand on la met à prix, elle est déshonorée.
(A la prétresse.) Protégez cet objet que je vous ai rendu; Aux persécutions dérobez sa vertu ; Qu'elle sorte aujourd'hui de cette terre affreuse. Ydace! loin de moi vivez longtemps heureuse; Allez; fuyez surtout loin d'un persécuteur... En la faisant partir je m'arrache le cœur.
(A Elpénor.) Me reprocheras-tu que l'amour soit mon maître? Favori d'Agathocle! apprends à me connaître. J'honore la vertu, le malheur m'attendrit ; C'est à toi déjuger si l'amour m'avilit.