SCÈNE III
AGATHOCLE, suite.
AGATHOCLE
Qu'on ôte de ma vue Ce malheureux objet qui m'indigne et me tue : Sur elle et sur son père ayez les yeux ouverts; Qu'ils soient tous deux gardés, qu'ils soient char- Amenez devant moi ce criminel Argide. [gésde fers.
rx OFFICIER.
Votre fils?
non... mais ce parricide.
AGATHOCLE
Lui ! mon fils'
Mon fils est mort !
(On amène Argide enchaîné; suite. Égeste éloigné avec les gardes.)
(A Argide.)
Cruel ! il est mort par tes coups Et lu braves encor mes pleurs et mon courroux; Et ce peuple aveuglé, qu'a séduit ton audacr, Applaudit à ton crime et demande ta grâce.
ARGIDE.
Seigneur, le peuple est juste.
AGATHOCLE
Il va voir aujourd'hui Que son malheureux prince est plus jusie que lui. Traître! je t'abandonne aux lois que j'ai portées.
ARGIDE.
Si par l'équité seule elles furent dictées.
Elles décideront qu'en ce triste combat
J'ai sauvé l'innocence et peut-être l'Etat.
Le nom de loi m'est cher, et ce nom me rassure.
AGATHOCLE
Tu redoubles ainsi ton crime et mon injure! Tu ne m'aimas jamais et crois me désarmer?
ARGIDE.
Mon cœur toujours soumis cherchait à vous aimer Il est pur, il n'a point de reproche à se faire. Ce cœur s;est soulevé quand j'ai tué mon frère; De la nature en moi j'ai senti le pouvoir : Mais il fallait combattre, et j'ai fait mon devoir : J'ai puni des forfaits, j'ai vengé l'innocence; Elle n'avait que moi, seigneur, pour sa défense. Le cruel m'a forcé de lui percer le flanc. Suivez votre courroux, baignez-vousdans mon sang : Si dans ce jour affreux les remords peuvent naître. Je n'en dois poinl sentir... vous en aurez peut-être.
AGATHOCLE
Quoi! ton farouche orgueil ose encor m'insulter!
ARGIDE.
Je ne sais que vous plaindre et que vous respecier.
AGATHOCLE, en gémissant.
Tu m'arraches mon fils !
ARGIDE.
J'ai défendu ma vie, Et je vous ai servi, vous, dis-je, et ma patrie.
AGATHOCLE
Fuis de mes yeux, barbare; attends ton juste ar-
argide. [rèt.
Vous êtes souverain, commandez; je suis prêt.
(On Vemmène.)