SCÈNE II
DAMIS
Ma mère n'a point tort; je sais bien qu'en ce
[monde Il faut, pour réussir, une adresse profonde. Hors dix ou douze amis à qui je puis parler, Avec toute la cour je vais dissimuler.
Çà, pour mieux essayer cette prudence extrême, De nos secrets ici ne parlons qu'à nous-même ; Examinons un peu, sans témoins, sans jaloux, Tout ce que la fortune a prodigué pour nous. Je hais la vanité ; mais ce n'est point un vice De savoir se connaître et se rendre justice. On n'est pas sans esprit, on plaît; on a, je croi, Aux petits cabinets l'air de l'ami du roi. Il faut bien s'avouer que l'on est fait à peindre; On danse, on chante, on boit, on sait parler el fein- Colonef à treize ans, je pense avec raison [dre. Que l'on peut à trente ans m'honorer du bâton. Heureux en ce moment, heureux en espérance, Je garderai Julie et vais avoir Hortense; Possesseur une fois de toutes ses beautés, Je lui ferai par jour vingt infidélités, Mais sans troubler en rien la douceur du ménage, Sans être soupçonné, sans paraître volage; En mangeant en six mois la moitié de son bien, J'aurai toute la cour sans qu'on en saclie rien.
L'INDISCRET, SGENE V.