SCÈNE VI
DAMIS, TRASIMON, CLITANDRE.
DAMIS
Voici le marquis qui s'avance.
Bonjour, marquis.
CLITANDRE, un billet à la main.
Bonjour.
damis. [d'hui?
Qu'as-tu donc aujour-
Sur ton front à longs traits qui diable a peint l'en-
Tout le monde m'aborde avec un air si morne, [nui ?
Que je crois...
CLITANDRE, bas.
Ma douleur, hélas ! n'a point de bordamis. [ne.
Que marmottes-tu là?
CLITANDRE, bas.
Que je suis malheureux!
DAMIS
Çà, pour vous égayer, pour vous plaire à tous deux, Le marquis entendra le billet de ma belle. CLITANDRE, bas , en regardant le billet qu'il a entre les
mains.
Quel congé! quelle lettre! Hortense... Ah! la cruel-
DAMIS, à Clitandre. [le !
C'est un billet à faire expirer un jaloux.
CLITANDRE
Si vous êtes aimé, que votre sort est doux !
DAMIS
Il le faut avouer, les femmes de la ville, Ma foi, ne savent point écrire de ce style.
{Il Ht.) Enfin je cède aux feux dont mon cœur est épris; Je voulais le cacher, mais j'aime à vous le dire :
Eh! pourquoi ne vous point écrire Ce que cent fois mes yeux vous ont sans doute appris ?
Oui, mon cher Damis, je vous aime, D'autant plus que mon cœur, peu propre à s'enflammer, Craignant votre jeunesse, et se craignant lui-même, A fait ce qu'il a pu pour ne vous point aimer. Puissé-je, après l'aveu d'une telle faiblesse,
Ne me la jamais reprocher!
Plus je vous montre ma tendresse, Et plus à tous les yeux vous devez la cacher.
TRASIMON.
Vous prenez très-grand soin d'obéir à la dame, Sans doute, et vous brûlez d'une discrète flamme.
CLITANDRE
Heureux qui, d'une femme adorant les appas, Reçoit de tels billets et ne les montre pas!
DAMIS
Vous trouvez donc Ja lettre...
TRASIMON.
Un peu forte.
CLITANDRE
DAMIS
Celle qui me Terril est cent fois plus aimable. Que vous seriez charmés si vous saviez son nom ! Mais dans ce monde il faut de la discrétion.
TRASIMON.
Oh ! nous n'exigeons point de telle confidence.
CLITANDRE
Damis, nous, nous aimons, mais c'est avec prudence.
TRASIMON.
Loin de vouloir ici vous forcer de parler...
DAMIS
Non, je vous aime trop pour rien dissimuler. Je vois que vous pensez, et la cour le publie, Que je n'ai d'autre affaire ici qu'avec Julie.
CLITANDRE
On le dit d'après vous, mais nous n'en croyons rien.
DAMIS
Oh ! crois. . . Jusqu'à présent, la chose allait fort bien; Nous nous étions aimés, quittés, repris encore : On en parle partout.
TRASIMON.
Non, tout cela s'ignore.
DAMIS
Tu crois qu'à cet oison je suis fort attaché; Mais, par ma foi, j'en suis très-faiblement touché.
TRASIMON.
Ou fort, ou faiblement, il ne m'importe guère.
DAMIS
La Julie est aimable, il est vrai, mais légère; L'autre est ce qu'il me faut, et c'est solidement Que je l'aime.
CLITANDRE
Enfin donc cet objet si charmant...
DAMIS
Vous m'y forcez; allons, il faut bien vous Eappren- Regarde ce portrait, mon cher ami Clitandre ; [dre : Çà, dis-moi si jamais tu vis de tes deux yeux Rien de plus adorable et de plus gracieux. C'est Macé qui l'a peint; c'est tout dire, et je pense. Que tu reconnaîtras...
Juste ciel ! c'est Hortense.
DAMIS
Pourquoi t'en étonner ?
TRASIMON.
Vous oubliez, monsieur, Qu'Hortcnse est nia cousine et chérit son honneur. Et qu'un pareil aveu...
DAMIS
Vous nous la donnez bonne.
J'ai six cousines, moi, que je vous abandonne; Et je vous les verrais lorgner, tromper, quitter, Imprimer leurs billets, sans m'en inquiéter. Il nous ferait beau voir, dans nos humeurs chagrines, Prendre avec soin sur nous l'honneur de nos cousi- Nous aurions trop à faire à la cour ; et, ma foi, [nés ! C'est assez que chacun réponde ici pour soi.
TRASIMON.
Adorable. [ Mais Hortense, monsieur...