HORTENSE, NÉRINE
Nérine, j'en conviens, Clitandre esl vertueux; Je connais la constance et l'ardeur de ses feux : Il est sage, discret, honnête homme, sincère; Je le dois estimer; mais Damis sait me plaire : Je sens trop, aux transports de mon cœur combattu, Que l'amour n'est jamais le prix de la vertu. C'est par les agréments que l'on touche une femme : Et pour une de nous que l'amour prend par l'âme, Nérine, il en est cent qu'il séduit par les yeux. J'en rougis. Mais Damis ne vient point en ces lieux!
NÉRINE
Quelle vivacité! quoi! cette humeur si fière...?
HORTENSE
Non, je ne devais pas arriver la première.
NÉRINE
Au premier rendez-vous vous avez du dépit?
HORTENSE
Damis trop fortement occupe mon esprit.
Sa mère, ce jour même, a su, par s;i \isite, De son fils dans mou cœur augmenter le mérite. Je vois bien qu'elle veut avancer le înomeiil Où je dois pour épouv accepter mon amant : Mais je veux en secret lui parler à lui-même, Sonder ses sentiments.
NÉRINE
Doutez-vous qu'il nous aime?
L'INDISCRET, SCENE XIT.
Il m'aime, je le crois, je lésais. Mais je veux Mille fois de sa bouche entendre ses aveux, Voir s'il est en effet si digne de me plaire; Connaître son esprit, son cœur, son caractère; Ne point céder , Nérine, à ma prévention, Et juger, si je puis, de lui sans passion.