SCÈNE XX
HORTENSE, en domino et masquée; DAMIS.
DAMIS, sans voir Hortense.
C'est donc ici la place Où toutes les beautés donnent leur rendez-vous?
I/TNDTSCRET, SCENE XX.
Ma foi, je suis assez à la mode, entre nous. Oui, la mode fait tout, décide tout en France; Elle règle les rangs, l'honneur, la bienséance, Le mérite, l'esprit, les plaisirs.
HORTENSE, à part.
L'étourdi !
DAMIS
Ah! si pour mon bonheur on peut savoir ceci, Je veux qu'avant deux ans la cour n'ait point de belle A qui l'amour pour moi ne tourne la cervelle. Il ne s'agit ici que de bien débuter.
Bientôt Églé, Doris... Mais qui les peut compter? Quels plaisirs! quelle file!
HORTENSE, à part.
Ah ! la tète légère!
DAMIS
Ah! Julie, est-ce vous? vous qui m'êtes si chère! Je vous connais malgré ce masque trop jaloux, Et mon cœur amoureux m'avertit que c'est vous. Otez, Julie, ôtez ce masque impitoyable; Non, ne me cachez point ce visage adorable, Ce front, ces doux regards, cet aimable souris, Qui de mon tendre amour sont la cause et le prix. Vous êtes en ces lieux la seule que j'adore.
HORTENSE
Non, de vous mon humeur n'est pas connue enco- Je ne voudrais jamais accepter votre foi, [re.
Si vous aviez un cœur qui n'eût aimé que moi. Je veux que mon amant soit bien plus à la mode, Que de ses rendez-vous le nombre l'incommode, Que par trente grisons tous ses pas soient comptés, {)ur mon amour vainqueur l'arrache à cent beautés; Qu'il me fasse surtout de brillants sacrifices; Sans cela je ne puis accepter ses services : Ln amant moins couru ne me saurait flatter.
DAMIS
Oh! j'ai sur ce pied-là de quoi vous contenter : J'ai fait en peu de temps d'assez belles conquêtes; Je pourrais me vanter de fortunes honnêtes; El nous sommes courus de plus d'une beauté Qui pourrait de tout autre enfler la vanité. Nous en citerions bien qui font les difficiles, El qui sont avec nous passablement faciles.
HORTENSE
Mais encore?
DAMIS
Eh!... ma foi, vous n'avez qu'à parler. Et je suis prêt, Julie, à vous tout immoler. Voulez vous qu'à jamais mon cœur vous sacrifie Le petite Isabelle cl la vive Erminie, Clarisse, Églé, Doris?...
HORTENSE
Quelle offrande est-ce là?
On m'offre tous les jours ces sacrifices-] à; Ces dames, entre nous, sont trop souvent quittées. Nommez-moi des beautés (fui soient plus respectées, Et dont je puisse au moins triompher sans rougir. Ah! si vous aviez pu forcer à vous chérir
Quelque femme à l'amour jusqu'alors insensible,
Aux manèges de cour toujours inaccessible, De qui la bienséance accompagnât les pas, Qui, sage en sa conduite, évitât les éclats, Enfin qui pour vous seul eût eu quelque faiblesse...
DAMIS, s'asseyant auprès d'Hortense.
Ecoutez. Entre nous, j'ai certaine maîtresse A qui ce portrait-là ressemble trait pour t rai 1 : Mais vous m'accuseriez d'être trop indiscret.
HORTENSE
Point, point.
DAMIS
Si je n'avais quelque peu de prudence,
Si je voulais parler, je nommerais Horlense. Pourquoi donc à ce nom nous éloigner de moi? Je n'aime point Hortense alors que je vous voi ; Elle n'est près devons ni touchante ni belle : De plus, certain abbé fréquente trop chez elle; Et de nuit, entre nous, Trasimon son cousin Passe un peu trop souvent par le mur du jardin.
HORTENSE, à part.
A l'indiscrétion joindre la calomnie!
( Haut, y Contraignons-nous encore. Écoutez, je vous prie ; Comment avec Hortense êtes-vous, s'il vous plaît?
DAMIS
Du dernier bien : je dis la chose comme elle est.
HORTENSE, à part.
Peut-on plus loin pousser l'audace et l'imposture !
DAMIS
Non, je ne vous mens point ; c'est la vérité pure.
HORTENSE, à part.
Le traître !
Eh! sur cela quel est votre souci?
Pour parler d'elle enfin sommes-nous donc ici ? Daignez, daignez plutôt...
HORTENSE
Non, je ne saurais croire Qu'elle vous ait cédé cette entière victoire.
DAMIS
Je vous dis que j'en ai la preuve par écrit.
HORTENSE
Je n'en crois rien du tout.
DAMIS
Vous m'outrez de dépit.
HORTENSE
!e veux voir pannes yeux.
DAMIS
C'est trop me faire injure.
(// lui donne la lettre.) Tenez donc : vous pouvez connaître l'écriture.
HORTENSE, se démasquant.
Oui, je la connais, traître! et je connais ton cœur. J'ai réparé ma faute, enfin; et mon bonheur M'a rendu pour jamais le portrait et la lettre