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L'ENFANT PRODIGUE, ACTE I, SCÈNE IV

USB.

Quoi?

MARTHE

D'Euphémon, qui, malgré tous ses vices, De voire cœur cal les tendres prémices, Qui vous aimait.

11 ue m'aima jamais.

Ne parlons plus de ce nom que je hais.

MARTHE, en s'en allant.

N'en parlons plus.

lise, la retenant.

Il est vrai, sa jeunesse Pour quelque temps a surpris ma tendresse. Etait-il t'ait pour un cœur vertueux?

MARTHE, en s en allant.

Celait un fou, ma foi, très-dangereux.

LISE, la retenant.

De corrupteurs sa jeunesse entourée Dans les excès se plongeait égarée :

Le malheureux! il cherchait tour à tour Tous les plaisirs; il ignorait l'amour.

MARTHE

Mais autrefois vous m'avez paru croire Qu'à vous aimer il avait mis sa gloire, Que dans vos fers il était engagé.

LISE

S'il eût aimé, je l'aurais corrigé.

Un amour vrai, sans feinte et sans caprice, Est en effet le plus grand frein du vice. Dans ses liens qui sait se retenir Est honnête homme, ou va le devenir.

Mais Euphémon dédaigna sa maîtresse; Pour la débauche il quitta la tendresse. Ses faux amis, indigents scélérats, Qui dans le piège avaient conduit ses pas, Ayant mangé tout le bien de sa mère, Ont sous son nom volé son triste père; Pour comble enfin, ces séducteurs cruels L'ont entraîné loin des bras paternels, Loin de mes yeux qui, noyés dans les larmes, Pleuraient encor ses vices et ses charmes. Je ne prends plus nul intérêt à lui.

MARTHE

Son frère enfin lui succède aujourd'hui : Il aura Lise, et certes c'est dommage; Car l'autre avait un bien joli visage, De blonds cheveux, la jambe faite autour, Dansait, chantait, était né pour l'amour.

LISE

Ah ! que dis-tu?

MARTHE

Même dans ces mélanges D'égarements, de sottise étranges.

On découvrait aisément dans son cœur, Sous ces défauts, un certain fonds d'honneur.

LISE

Il était né pour le bien, je l'avoue.

MARTHE

Ne croyez pas que ma bouche le loue:

Mais il n'était, me semble, point flatteur, Point médisant, point escroc, point menteur.

LISE

Oui, mais...

MARTHE

Lu nous; car c'est monsieur son frère.

LISE

Il faut rester; c'est un mal nécessaire.

LISE, MARTHE, le président FIEREiNFAT.

FIERENFAT.

Je l'avouerai, cette donation

Doit augmenter la satisfaction

Que vous avez d'un si beau mariage.

Surcroit de biens est l'âme d'un ménage :

Fortune, honneurs et dignité, jecroi,

Abondamment se trouvent avec moi;

El vous aurez dans Cognac, à la ronde,

L'honneur du pas sur les gens du beau monde.

C'est un plaisir bien flatteur que cela.

Vous entendrez murmurer : «La voilà! »

En vérité, quand j'examine au large

Mon rang, mon bien, tous les droits de ma charge,

Les agréments que dans le monde j'ai,

Les droits d'aînesse où je suis subrogé,

Je vous en fais mon compliment, madame.

MARTHE

Moi, je la plains : c'est une chose infâme Que vous mêliez dans tous vos entretiens Vos qualités, votre rang, et vos biens. Être à la fois et Midas et Narcisse, Enflé d'orgueil et pincé d'avarice; Lorgner sans cesse avec un œil coulent Et sa personne et son argent comptant, Être en rabat un petit-maitre avare, C'est un excès de ridicule rare :

Un jeune fat passe encor; mais, ma foi, Un jeune avare est un monstre pour moi.

FIERENFAT.

Ce n'est pas vous probablement, ma mie, A qui mon père aujourd'hui me marie ; C'est à madame : ainsi donc, s'il vous plail. Prenez à nous un peu moins d'intérêt.

{A Lise.) Le silence est votre fait... Vous, madame, Qui dans une heure ou deux serez ma femme, Avant la nuit vous aurez la bonté De me chasser ce gendarme effronté, Qui, sous le nom d'une fille suhante, Donne carrière à sa langue impudente.

Je ne suis pas un président pour rien ; Et nous pourrions l'enfermer pour son bien.

MARTHE, à Lise.

Défendez-moi, parlez-lui, parlez ferme :

Je suis à vous, empêchez qu'on m'enferme;

Il pourrait bien vous enfermer aussi.

LISE

J'augure mal déjà de tout ceci.

MARTHE

Parlez-lui donc, laissez ces vains murmures.

LISE

Que puis-je, hélas! lui dire?

Des injures.

use.

Non, des raisons valent mieux.

MARTHE

Croyez-moi, Point de raisons, c'est le plus sûr.

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