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SCÈNE I

LISE, MARTHE

MARTHE

Vous frémissez en voyant de plus près Tout ce fracas, ces noces, ces apprêts.

LISE

Ah ! plus mon cœur s'étudie et s'essaye,

Plus de ce joug la pesanteur m'effraye :

A mon avis, l'hymen et ses liens

Sont les plus grands ou des maux ou des biens.

Point de milieu ; l'état du mariage

Est des humains le plus cher avantage,

Quand le rapport des esprits et des cœurs,

Des sentiments, des goûts et des humeurs,

Serre ces nœuds tissus par la nature,

Que l'amour forme et que l'honneur épure.

Dieux ! quel plaisir d'aimer publiquement

Et de porter le nom de son amant !

Votre maison, vos gens, votre livrée,

Tout vous retrace une image adorée;

Et vos enfants, ces gages précieux,

Nés de l'amour, en sont de nouveaux nœuds.

Un tel hymen, une union si chère,

Si l'on en voit, c'est le ciel sur la terre.

Mais tristement vendre par un contrat

Sa liberté, son nom et son état,

Aux volontés d'un maître despotique,

Dont on devient le premier domestique,

Se quereller ou s'éviter le jour ;

Sans joie à table, et la nuit sans amour ;

Trembler toujours d'avoir une faiblesse,

Y succomber, ou combattre sans cesse ;

Tromper son maître, ou vivre sans espoir

Dans les langueurs d'un importun devoir;

Gémir, sécher dans sa douleur profonde;

tu tel hymen est renier de ce monde.

MARTHE

En vérité, les filles, comme on dit, Ont un démon qui leur l'orme l'esprit : Que de lumière en une àme si neuve !

La plus experte et la plus fine veuve, Qui sagement se console à Paris D'avoir porté le deuil de trois maris, .N'en eût pas dit sur ce point davantage. Mais vos dégoûts sur ce beau mariage Auraient besoin d'un éclaircissement.

L'hymen déplaît avec le président ; Vous plairait-il avec monsieur son frère? Débrouillez-moi, de grâce, ce mystère :

L'aîné fait-il bien du tort au cadet?

Haïssez-vous? aimez-vous? Parlez net.

LISE

Je n'en sais rien ; je ne puis et je n'ose De mes dégoûts bien démêler la cause.

Comment chercher la triste vérité Au fond d'un cœur, hélas! trop agité?

Il faut au moins, pour se mirer dans l'onde, Laisser calmer la tempête qui gronde, Et que l'orage et les vents en repos Ne rident plus la surface des eaux.

MARTHE

Comparaison n'est pas raison, madame :

On lit très-bien dans le fond de son àme, On y voit clair ; et si les passions Portent en nous tant d'agitations, Fille de bien sait toujours dans sa tète D'où vient le vent qui cause la tempête. On sait....

Et moi, je ne veux rien savoir; Mon œil se ferme, et je ne veux rien voir : Je ne veux point chercher si j'aime encore Un malheureux qu'il faut bien que j'abhorre : Je ne veux point accroître mes dégoûts Du vain regret d'un plus aimable époux. Que loin de moi cet Euphémon, ce traître. Vive content, soit heureux, s'il peut l'être ; Qu'il ne soit pas au moins déshérité : Je n'aurai pas l'affreuse dureté, Dans ce contrat où je me détermine, D'être sa sœur pour hâter sa ruine.

Voilà mon cœur ; c'est trop le pénétrer : Aller plus loin serait le déchirer.

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