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L'ENFANT PRODIGUE, ACTE III, SCÈNE VI

EUPHÉMON FILS.

De mon frère, de Lise.

JASMIN

Vous sentiriez un peu de convoitise

Pour votre sœur? mais vraiment c'est un trait

Digne de vous; ce péché vous manquait.

EUPHÉMON FJLS.

Tu ne sais pas qu'au sortir de l'enfance (Car chez Rondon tu n'étais plus, je pense). Par nos parents l'un à l'autre promis, Nos cœurs étaient à leurs ordres soumis; Tout nous liait, la conformité d'âge, Celle des goûts, les jeux, le voisinage : Plantés exprès, deux jeunes arbrisseaux Croissent ainsi pour unir leurs rameaux. Le temps, l'amour qui hâtait sa jeunesse, La fit plus belle, augmenta sa tendresse : Tout l'univers alors m'eût envié; Mais jeune, aveugle, à des méchants lié, Qui de mon cœur corrompaient l'innocence, Ivre de tout dans mon extravagance, Je me faisais un lâche point d'honneur De mépriser, d'insulter son ardeur.

Le croirais-tu? je l'accablai d'outrages. Quels temps, hélas ! Les violents orages Des passions qui troublaient mon destin A mes parents m'arrachèrent enfin.

Tu sais depuis quel fut mon sort funeste : J'ai tout perdu; mon amour seul me reste : Le ciel, ce ciel qui doit nous désunir, Me laisse un cœur, et c'est pour me punir.

JASMIN

S'il, est ainsi, si dans votre misère

Vous la raimez, n'ayant pas mieux à faire,

De Croupillac le conseil était bon,

De vous fourrer, s'il se peut, chez Rondon.

Le sort maudit épuisa votre bourse;

L'amour pourrait vous servir de ressource.

EUPHÉMON FILS.

Moi, l'oser voir! moi, m'offrir à ses yeux, Après mon crime, en cet état hideux!

Il me faut fuir un père, une maîtresse : J'ai de tous deux outragé la tendresse ; Et je ne sais, ô regrets superflus !

Lequel des deux doit me haïr le plus.

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